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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 22:02

Je devais vous parler de vintage ou de boutons dorés. Bien. La vie nous rattrape parfois et l’intérêt du blog n’est-il pas de jouir pleinement d’une liberté absolue d’expression ? La liberté, c’est justement ce qui m’amène ce soir à dévier de mes projets, pour un billet somme toute peu cohérent avec ce blog. Totalement arbitraire. D’où son intérêt j’espère.

Guillaume Depardieu est mort aujourd’hui. Je ne pousserai pas le mauvais goût jusqu’à déplorer le décès d’un être que je ne connaissais pas personnellement, alors que trop nombreux sont ceux dont je pleure déjà la disparition parce qu’ils m’étaient proches. Ou qu’ils l’étaient de gens que j’aime. Et que leur manque est ancré bien plus sincèrement puisque nous les avons connus vivants et qu’on ne devons maintenant apprendre à les aimer, absents.

Simplement la brutalité de cette nouvelle m’a amenée, comme chaque fois qu’arrive ce genre de mauvaises surprises, à prendre conscience de ce bien si précieux qu’on appelle liberté, la vie en somme, et dont on ne profite pas toujours suffisamment. Ou à bon escient.

Guillaume Depardieu, comme beaucoup d’artistes torturés avant lui, part trop tôt biensûr. Pour ceux qui restent surtout. Jeff Buckley, Jim Morrison, Heath Ledger, James Dean, Kurt Cobain, Jimmy Hendrix, Cyril Collard, Guillaume Dustan, Jean Michel Basquiat pour ne citer qu’eux. Leur point commun : des écorchés vifs, des passionnés aux ailes brûlées par la gloire, les excès, le destin. Des êtres exposés, des non anonymes dont la vie se lit dorénavant à travers leurs créations.

Des icônes d’un temps déjà bien révolu, partis à la trentaine comme tant d’autres anonymes dont on ne parle pas autant, mais qui nous manquent de la même manière. Des avatars médiatiques de tous ceux qui nous quittent sans cesse sans prévenir, sans raison, sans justice. Des êtres qui nous rappellent ceux dont on ne parle plus que peu, pour supporter l’absence inacceptable.

Des êtres fulgurants sacralisés par leur œuvre, la marque de leur passage sur cette terre offerte au regard, aux oreilles de tous. Leur force : cette liberté de création, de vie qui dévore de l’intérieur parfois, qui fait consommer et détruire ce qui nous entoure en dépit de toute raison. La liberté, ce bien inaliénable, c’est peut être ce qui fait que ces êtres auront marqué l’Histoire  de leur existence. La liberté de se faire mal, de transgresser, de heurter, d’interroger, de repousser ses limites, de dire, de crier parfois, de vivre différemment. De vivre tout court.

Vivre l’instant, sa vérité absolue, profiter sans cesse de tout et surtout de tous, souffrir pour comprendre le bonheur, ressentir de plein fouet le bien et le mal, aimer sans réserve, sans stratégies, sans réflexions, sans attentes, sans réciprocité même s’il le faut. Aimer ou l’apogée de la liberté.

L’amour ce serait l’évidence, l’absolu, cette quête viscérale au-delà de laquelle le bonheur n’a plus d’entendement. Le degré ultime du plaisir, du désir, l’infinitude du sentiment, le paroxysme de la sensation.

Génération qui voue un culte à la facilité, génération qui déplore l’impossibilité de la rencontre simple, franche. Génération qui ne transige pas, qui réclame plus, toujours, qui ne s’embarrasse pas, qui ne lutte plus vraiment.

Où est passée la conquête, pourquoi ne se bat-on plus que pour les idées et pas les gens ? Pourquoi fuit-on les promesses et les engagements ou les rompt-on avant d’avoir accepté de les voir surmonter les épreuves ?

Génération méfiante, échaudée par d’autres échecs qui ne devraient pas être des prétextes à la résignation amoureuse. La séduction est prise pour une agression et la rencontre est devenue consommation. On a remplacé la spontanéité par la précipitation, le désir par l’acte, l’attente par l’impatience, la difficulté par l’abandon.

Il n’en demeure pas moins que l’on s’aime toujours, qu’on le veuille ou non, qu’on l’espère ou pas. Qu’on se trouve, qu’on l’ait choisi, mais souvent pas, qu’on s’y attende, mais souvent pas. Qu’on soit deux, mais pas toujours.

La liberté, ce serait vivre sans peurs du jugement, de l’après, de l’échec. Etre entièrement à ce que l’on ressent, se rendre aux démons, ne plus rien dompter. Pour vivre, exploser, souffrir, continuer, aimer. Plus fort, plus vrai que ne le permet la modération, la tempérance. Ce serait risquer d’être soi sans faux-semblants, ce serait avoir l’audace de s’exposer aux erreurs, ce serait « être » pour de bon.

Faut –il être fragile, brisé pour s’inscrire dans les mémoires ? Faut-il partir trop vite pour devenir un mythe ? Ca y contribue certainement. Mais la vraie vie, la notre, la mienne, si elle ne laisse pas à travers les siècles de nos pairs une empreinte immuable, doit vouloir rivaliser d’excellence, d’intensité. Doit exiger de nous le meilleur, doit se battre pour des idéaux quels qu’ils soient, doit être au-delà de la facilité de ce qui est spontanément, doit être plus forte que ce qui blesse naturellement, doit être plus riche que ce qui est à portée de mains. Etre libre d’aimer, de penser, d’agir. C’est vivre seulement. Et c’est pourtant ce qui nous coûte souvent le plus.

La mort, au-delà de la douleur qu’elle génère, ne devrait donc être qu’un signe explicite de la vie. Le détonateur de ce qui nous anime intimement et qui doit être réalisé. Pour que la mort des autres prenne un sens avec la vie qu’ils nous ont laissée.

Je pense aux futilités d’un quotidien qui se perd souvent dans des considérations illégitimes. Je pense qu’il faut des projets à la hauteur de la tonalité que l’on veut donner à son passage ici.

Je pense à ceux qui ont décidé un jour que la vie n’en valait plus la peine. A la détresse immanente qu’était devenue leur existence au point de choisir l’irrésolu, l’inconnu. A cet exercice ultime de leur liberté, même discutable.  A ceux qui restent ensuite avec  ce vide, cette incompréhension en bandoulière du cœur.

Je pense donc très fort à ceux, très proches, qui taisent la perte courageusement pour tenter encore de vivre ensuite. A ceux très proches qui apprivoisent la maladie pour tenter encore d’aimer la vivre. A ceux très proches qui se battent pour leurs convictions, leurs désirs intimes pour être à la hauteur de cette vie. Un cadeau empoisonné dont les délices infimes et ponctuels n’ont, à notre connaissance terrestre, de saveur égale.


"Ce qui ne peut être évité, il faut l'embrasser..."

 


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commentaires

K 14/10/2008 13:37

"Il n’en demeure pas moins que l’on s’aime toujours, qu’on le veuille ou non, qu’on l’espère ou pas. Qu’on se trouve, qu’on l’ait choisi, mais souvent pas, qu’on s’y attende, mais souvent pas." ce billet a forcement de l'echo dans une tres recente terrasse domnicale.
Emue par tes mots... de l'echo... oui.
K

Laure 14/10/2008 14:12


J'aurais été triste si tu n'y avais pas perçu un écho...C'était la minute philosophique du soir!
Bises ma belle 


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