Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

9h45 : le quartier Etienne Marcel s’éveille à peine. A quelques pas des camions qui approvisionnent en double file les grossistes de l’historique et décrié Sentier, les marteaux piqueurs se mettent en route. Depuis deux ans, sans discontinuer, les pavés de la rue Etienne Marcel sont l’objet de l’assaut répétitif de machines de torture. Les riverains en ont pris l’habitude. Béton, foreuse et autres réjouissances sont devenus leur quotidien. Etienne Marcel est l’emblème rutilant des travaux entrepris par Bertrand Delanoë pour débarrasser Paris de ses voitures.

Les vendeurs des boutiques alentour grillent la dernière cigarette que leur autorise encore le trottoir. Même à cette heure de la journée, pas de stationnement possible. Les scooters des premiers coursiers entrent en scène en bas des bureaux de presse mode qui jalonnent le quartier.

Branle-bas de combat aux étages où les marques de mode s’exposent sur des cintres, en attendant leurs visiteuses journalistes.

Les premiers shoppings sont prêts à partir pour les rédactions des quatre coins de Paris. Des sacs plastique remplis de vêtements vont alimenter les pages des féminins que dévorent des lectrices en quête d’inspiration vestimentaire.

Pour les locataires des cintres délaissés, destination Ibiza, LA ou Levallois… Peu de gens peuvent se vanter d’avoir vu autant de pays que certaines des robes qui transitent ici avant d’habiller les plus belles filles des magazines.

 

10h : les téléphones commencent à sonner sans espoir d’interruption jusqu’au soir : la matière d’un mini-short que la plus téméraire d’entre nous n’osera jamais porter, l’adresse d’une boutique qui affolerait toute carte de crédit normalement constituée, le prix de ces chaussures qui donnent le vertige rien qu’en regardant leurs talons…La mode est un univers de dérision qui engendre souvent un grand sérieux. Il n’est pas question de minimiser l’importance de ce qui se dit entre interlocuteurs du milieu. Toute une industrie repose sur la précision des pièces et des informations qui sortent des bureaux de presse : la crédibilité d’un créateur, le succès commercial d’un produit, l’émergence d’une tendance…

 

Loin du calme apparent des services intégrés des grandes maisons de couture qui sillonnent le huitième arrondissement, Etienne Marcel cultive la volubilité.

Les bureaux sont des moulins ouverts au tout venant. Des cavernes d’Ali Baba pour acheteuses compulsives où tout serait gratuit.

Pour choisir les clients qui vont s’exposer dans leur showroom, les bureaux de presse traquent les talents sur les salons, se précipitent sur les coordonnées de la dernière boutique qui s’est ouverte au pied de chez eux, compulse les magazines étrangers à l’affût de nouveaux annonceurs… Le quotidien des attachés de presse consiste à transformer de l’énergie débordante en parutions !

 

13h : pause déjeuner. Sandwich à 8 euros, salade composée à 15 euros ou petit plat bio à 20.

Il faut faire le deuil des économies. Moins il y en a dans l’assiette, plus c’est cher. Si d’aventure il vous reste encore quelques pièces, ce ne sont pas les boutiques du quartier qui feront votre bonheur. Nulle chance d’y dénicher une affaire. Même l’empire du vintage, Kiliwatch, sorte de hangar interminable de la fripe, a subi l’inflation. Le succès du rétro ces dernières années lui a donné ses lettres de noblesse, offert des centaines de m2 supplémentaires et une clientèle plus huppée.

 

13h30 : Bronzage lunetté version mouche aux terrasses, bavardages qui s’éternisent…Enfilade impressionnante de smarts devant les restos branchés de la rue : Costes, Jour, Lina’s. Un périmètre circonscrit où ces petites voitures deux places se retrouvent entre pairs jusqu’à l’attaque du pare-brise par les petits papiers blancs rectangulaires…

 

Papillonnement agité des contractuelles, les affaires reprennent ! Mais l’uniforme n’est pas leur signe distinctif propre.

Rue Etienne Marcel, la mode est aussi protéiforme que consensuelle.  Jeans et baskets dernier cri pour les créas et les shoppers du coin, style dandy en slim et blouson noir pour les autres. Wayfarer sur le nez, derbies vernis au pied, attitude nonchalante et cheveux savamment décoiffés.

Les filles, elles, les portent souvent longs, option frange depuis quelques années, un accessoire couture au milieu de fringues de recup, des bottes inlassablement, même l’été, ou des ballerines pour trotter le plus longtemps possible.

Si vous cherchez ce qui court les podiums, venez faire un tour à la sortie des magasins branchés du coin.

Pour les pannes d’inspiration, direction Kabuki ou 58 m, multimarques vêtements ou chaussures à l’ambiance design. Avalanche de désirs garantie dès l’entrée… Avatars du proche Sentier, Diabless, Biscotte, Jonak s’entrecroisent avec les Et Vous, Zoe Tee’s, Paul & Joe, Gas by Marie ou les incontournables jeaners Replay, Diesel, Levis, Miss Sixty… Dans les rues annexes, tout le monde a pris son ticket : Zadig & Voltaire, Manoush, Comptoir des Cotonniers…

 

15h : de l’autre côté du marché piéton de Montorgueil qui scinde le quartier, c’est toute une industrie textile qui s’agite sans relâche. Le Sentier bouillonne en circuits courts. Victime d’une réputation de créativité médiocre, il continue de faire éclore les marques les plus compétitives du prêt-à-porter de moyenne gamme : Sandro, Maje, les Petites ou encore les ancêtres de nos grandes enseignes, Kookaï, Naf Naf…Réactif, le Sentier cultive un sens du marketing que beaucoup lui envient. L’ambition et le potentiel des plus grands alliés aux méthodes de fabrication et de vente les plus concurrentielles.

Les collections mûrissent souvent au moment des défilés certes…

Savant mélange de détails minutieux du luxe et d’une confection moins coûteuse, le Sentier redonne le sourire à toutes celles qui n’ont pas le courage d’épargner trois ans pour une robe qui sera passée de mode en nettement moins de temps…

 

18h : début de la sortie des bureaux. Les adeptes de Marc Jacobs qui fleurissent dans le quartier ne boudent pas les enseignes bon marché des Halles voisines.

H&M, Zara et Mango accueillent aussi les clientes les plus averties. Sac blanc logotypé rouge aux bras, il y a un snobisme du cheap. La mode est ici un style de vie, une tentative textile de reconnaissance. Un challenge quotidien où la rivalité est tenace !

Boulevard Sébastopol, fin du défilé de mode. A l’opposée de la rue, place des Victoires, ambiance plus bourgeoise, le fourmillement se tait…

 

Rue Etienne Marcel ou le plus long catwalk urbain.

Partager cette page

Repost 0
Published by

A Propos

  • : Mode Opératoire
  • Mode Opératoire
  • : Blog mode à tendance rock et à variations littéraires et musicales. Mode en séries, découverte de créateurs, vente en ligne de mes créations bijoux (INDIE), revue de must have, chroniques de bouquins et de CDs, vide-dressing...
  • Contact

  • Laure
  • Créatrice de la marque de bijoux fantaisie INDIE, basée à Paris. Passionnée de mode, de mots et de musique
  • Créatrice de la marque de bijoux fantaisie INDIE, basée à Paris. Passionnée de mode, de mots et de musique

E SHOP BIJOUX/ INDIE

Cliquez pour découvrir mes collections de bijoux sous la marque INDIE

HomePage Indie

 

Et suivez les actualités de la marque sur la page facebook:

INDIE-copie.jpg

Recherche

PINTEREST

Follow Me on Pinterest