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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 22:36

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Dans les livres de Nicolas Rey, il y a beaucoup de drogues. Comme dans la vraie vie. Dans les livres de Nicolas Rey, il y a des histoires d’amour qui se cassent la gueule irrémédiablement. Comme dans la vraie vie. Et dans la vraie vie de Nicolas Rey, il y a des histoires qui font ses bouquins.

 

C’est d’ailleurs très clair puisque dès le départ, le propos est de trouver l’histoire de son prochain livre pour satisfaire son éditrice. Et c’est peut être bien le problème des éditeurs boulimiques (ou des écrivains diaboliques), ce besoin de sortir toujours un nouveau bouquin alors même que la matière ne serait pas au rendez-vous. Heureusement la vie se charge toujours d’en construire. Et parfois c’est à se demander, qui de l’objet littéraire ou de la vie, fait advenir l’écrivain...Ou si l'écrivain fait advenir l'oeuvre grâce au réel, ou le réel au profit de l'oeuvre. C'est un autre débat.

 

L’amour est déclaré n’est ni totalement noir, ni totalement solaire. Comme dans la vie toujours, me direz-vous... La fille qui rend l’auteur fou d’amour n’est ni totalement fabuleuse, ni absolument banale. Comme les vraies filles, dans la vraie vie. Elle est parfois très romanesque, suffisamment désabusée pour faire une bonne acolyte à notre ténébreux désenchanté, souvent terriblement désirable avec sa liberté grisante qui ne peut mener qu’à de grands voyages sentimentaux.

 

Lui, il garde toujours ses démons à portée de main, même rangés derrière les bouteilles d’eau qui ont remplacé la picole ou les sursauts paternalistes qui ont remplacé les pilules. Oui mais voilà. Comme dans la vraie vie, la tentation est toujours là, elle ne se tait jamais vraiment, elle couve quelque part dans un coin. Elle est tapie, prête à surgir, comme le cynisme ou la tristesse irrépressibles qui envahissent toujours les mots de Nicolas Rey et son humour sarcastique définitivement savoureux.

S’il n’y a pas de recette magique pour faire un bon livre, il n’y en a pas non plus pour bien réussir sa vie. C’est certainement cet aveu touchant de vérité qui se dessine derrière ses fulgurances, qui fait de la vie de Nicolas et de son livre, des réalités réussies.

 

Peut être plus que la puissance de son histoire d’amour pourtant évidente, c’est l’envergure de l’amitié qu’il voue à son ami Yves Kléber que je retiens. Cette espèce de fascination pleine de bienveillance pour un être certes atypique, et cet attachement inconditionnel qui semble les lier au-delà de la contingence de tout ce qui gravite autour.

 

Ceci étant, Nicolas Rey, avec cette appréciable manie de ne surtout pas écrire les choses pour en tirer profit mais tout simplement pour les dire, parvient systématiquement à créer des instants d’émotion forte. Et systématiquement dans cet amalgame de crudité des mots, de frontalité de la pensée et de sensibilité pudique, de tendresse écorchée, il donne à vivre des rendez-vous littéraires que je continuerai de ne pas manquer.

 

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 19:08

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La tyrannie de la jouissance… L’ incapacité du couple à dépasser les difficultés de la vie à deux, puis à 3. Avec un enfant ou avec une tierce personne. La disparition de la notion de sacrifice au profit de l’individualisme. La banalisation de l’adultère, l’insatisfaction perpétuelle, le doute, la méfiance, la problématique de coexistences des libertés personnelles, l’abdication, le désamour. Voilà ce dont il est question dans La Jouissance.

Nicolas et Pauline ont la trentaine et leur amour se dissout dans l’inexorable banalité des incompréhensions et des désillusions qui jalonnent  le cheminement des couples. Dans le leur, rien n’est vraiment très différent d’ailleurs, rien n’est finalement plus fort non plus. Il y a ce constat pathétique de la difficulté devenue insurmontable d’être à deux, une difficulté générationnelle, consécutive d’un monde qui nous a désappris les bienfaits de l’engagement et des compromis sur soi qu’ implique l’autre. Sur fond de digressions géopolitiques, sans lourdeur, Florian Zeller pointe du doigt ce qui a construit un passé dont personne ne semble plus se souvenir pour sauver le présent et dessine les contours d’un avenir menaçant pour l’équilibre des êtres.

Chaque livre a son but, son interprétation, son utilité. Celui-ci dit certainement des choses que l’on ne peut ignorer, puisqu’elles font partie intégrante de notre réalité contemporaine. Mais elle les raconte avec une transparence épurée, qui est un miroir non déformant d’une réalité pourtant totalement déformée. Avec une vérité tranchante quoique pourtant très simple dans les mots, l’auteur met en scène les pensées intimes aussi touchantes que triviales de ses deux héros. Une vérité effleurée sans plus d’intellectualisation, qui renverra chacun à ses propres démons, qui rappellera à tous, des sensations, des émotions dont l’écho est aussi douloureux que rassurant.

Nous avançons tous à peu près sur le même chemin, mais sur ce chemin nous avons de plus en plus de mal à nous tenir la main pour aller jusqu’au bout de la route. Nous nous y croisons avec une fréquence sans cesse accrue et décuplée par tous les moyens qui nous sont donnés de le faire. Mais ces désirs pluriels, cette facilité que nous avons à les vivre, comme à les exprimer avec tous les moyens technologiques qui leur ont donné le monopole de l’instantanéité, ont probablement tué l’essence même du sentiment. Il n’y a pas plus d’attente, il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus de combat, ni de dépassement. Tout est rendu possible, facile, accessible, rapide. On aime mal ou on n’aime plus, que soi même en somme, et bien trop pour pouvoir encore prétendre savoir aimer l’autre.

Florian Zeller ne dit pas vraiment tout ça frontalement, mais il le sous entend tellement, qu’à moins de ne pas aimer l’amour du tout, on ne peut refermer ce livre qu’avec beaucoup amertume, peut être même avec une forme de tristesse. Ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour l’humeur, mais une excellente pour la littérature. Car le jour où les mots et les livres nous laisseront indemnes, c’est que notre génération aura définitivement perdu toute saveur.

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 00:01

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Et Dieu sait que la mienne est longue... J’ai l’envie constante et le désir insatiable. C’est certainement la première raison qui m’a donné envie de lire ce livre. Son titre.

Pourtant… Si je m’avoue coupable d’une accumulation de biens dérisoires dont le seul but est certainement de me procurer du plaisir instantané et de m’ancrer dans une vie somme toute si fragile, je reconnais que la seule envie, le seul besoin véritable à une existence entière, c’est le bonheur. Et que ce bonheur ne vient que d’une chose, qui est totalement immatérielle : l’amour.

C’est donc certainement pour cela que j’ai dévoré ce soir le livre de Grégoire Delacourt. D’abord conquise par une première partie dénuée de toutes fioritures de langage, séduite par ce style scindé, efficace, qui va à l’essentiel et qui est peut être le seul signe qui trahit l’écriture d’un homme derrière les mots du narrateur féminin.

Jocelyne travaille dans une mercerie à Arras, elle aime Jocelyn d’un amour tendre et pourtant parfois injustifiable, mais avec une sagesse émouvante. Le deuil de la passion qu’elle console par la lecture de Belle du Seigneur et les affres de l’amour assassin est d’une tristesse aussi pathétique que sublime. Car au-delà de la résignation, il y a pour de vrai l’amour de celui qui lui permet d’accéder à un bonheur, son bonheur, qu’elle finit par aimer au-delà de toute quête déraisonnable que sa nature profonde pourrait lui indiquer de suivre.

Et puis un jour il y a l’imprévu, l’impensable, celui que certains nomment bonheur alors que pour d’autres il n’est que méfiance. L’argent, le moyen d’accéder à tous les rêves qu’on a tus, d’en offrir à tous ceux qu’on aime. L’argent, le changement qu’il implique, le renouveau auquel il invite, les risques qu’il comprend… Puis il y a l’histoire de Jocelyne, aussi crédible que romanesque qui se raconte sans faux semblants, mêlant la beauté d’une authenticité rare et d’une médiocrité brutale. Confrontant la grâce des sentiments à la trivialité du matériel. Il y a l’idée que pouvoir tout faire, tout avoir est peut être la fin de tout désir et ainsi de tout bonheur. Que pouvoir tout faire, tout avoir est peut être le début de la liberté, la chance absolue de pouvoir choisir sa vie. Il y a la persistance de l’amour, sincère, puissant, qu’aucun billet de 500 ne pourra jamais s’offrir.

C’est peut être d’avoir pu visualiser une balade sur la plage du Touquet que je connais par cœur et dont il est question dans le livre, c’est peut être de savoir qu’avoir beaucoup d’argent ne suffit pas à être heureux et l’empêche même parfois, c’est peut être d’avoir été personnellement touchée lorsque Jocelyne raconte la nourriture humaine irremplaçable que constituent les mots de soutien des lectrices de son blog, qui ont fait de cette lecture un vrai beau moment d’oubli littéraire autant que de réalité mise en mots. Un vrai beau récit de vie, d’amour, qui aborde avec une jolie sensibilité et une plume très agréable ,les moments charnières d’une existence, qui font d’elle un amalgame de détresse tragique tout autant que de magie imprévisible.

 

Morceaux choisis :

« Le plus beau du monde il n’a besoin de rien, puisqu’il a tout le monde. Il a sa beauté ; et l’irrépressible fringale de toutes celles qui veulent s’en repaître et finiront par le dévorer et le laisseront mort, les os bien sucés, brillants et blancs, dans le fossé de leur vanité »

« Etre riche, c’est voir tout ce qui est laid puisqu’on a l’arrogance de penser qu’on peut changer les choses. Qu’il suffit de payer pour ça »

« Parce que nos besoins sont nos petits rêves quotidiens. Ce sont nos petites choses à faire, qui nous projettent à demain, et à après-demain, dans le futur ; ces petits riens qu’on achètera la semaine prochaine et qui nous permettent de penser que la semaine prochaine, on sera encore vivants. »

«  Belle du Seigneur était peut être le livre de la perte et Jocelyne le lisait pour mesurer ce que qu’elle avait sauvé »

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 12:10

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Je l’ai cherché longtemps dans les librairies à la fin de l’été. En rupture partout et annoncé comme un vrai bon livre, je lui courais un peu après j'avoue. C’est toujours comme ça quand le désir est trop grand, les exigences le deviennent aussi et s’en trouvent souvent frustrées …

Du coup déception quand même à la lecture de ce polar au titre assez complexant il faut bien le dire. Pas un libraire qui n’ait écourté le titre en le disant tout haut à son collègue pour savoir s’il était dispo dans les rayons ... Comme si lire Britney c’était un peu la honte. Et j’avoue que pour la non fan que je suis, j’aurais aimé que l’effort soit au moins récompensé par une bonne surprise.

 A vrai dire je m’attendais plus à un polar qu’à un roman sur l’histoire vraie de la star US. Car c’est plutôt ça que j’y ai trouvé, les anecdotes (réelles ou romancées) de sa traque, certes plutôt oppressante, par les photographes des tabloïds. La sienne mais également celle de Lindsay Lohan, consoeur socialite chouchou des colonnes de gossips qui m’a semblé d’ailleurs lui voler la vedette, assez pour me demander si ce n’est pas elle qui aurait mérité le coup de pub du nom sur la couverture du bouquin... Du coup au terme de la lecture je ne sais pas quoi dire, ni penser. S’agit-il d’un thriller sans suspense, d’une semi biographie sans vraies grandes nouvelles, d’un concentré des magazines people au format littéraire ? Je ne sais pas, franchement je suis sceptique. Certainement aussi désabusée que ne semble l’être le héros, flic sans envergure,  sensé bosser sur l’enlèvement prévu de Britney.

Si ce n’est la tendresse évidente de ce héros, et donc de cet auteur, conjuguée à une plongée en plein cœur de L.A, de ses distances « imparcourables " et de ces lieux emblématiques, que me reste-t-il vraiment ?

Le sentiment d’humanité de ces vedettes qu’on croirait être seulement des êtres de papier tant leurs photos inondent notre quotidien. La réalité assez triviale de leur vie comparée à l’image très idéalisée que forgent leurs adeptes.

Si j’étais sévère, je dirais que Jean Rolin a écrit Le ravissement de Britney avec autant de désabusement aux accents ricains que Houellebecq avait écrit la vie d’un informaticien français dans les Particules Elementaires. Je le dirais si comme pour les Particules je n’avais eu envie d’aller au bout du bouquin. Mais là j’y suis allée. Je n’y ai trouvé aucune issue particulièrement satisfaisante mais j’y suis allée.

 

 

 

 

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 21:35

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« Derrière mon habitude d’obéir, j’avais la pulsion de m’enfuir ». C’est à coups de formules aussi percutantes que celle-ci que Sophie Fontanel, Fonelle fofolle bien connue des lectrices du Elle, se meut en écrivain intelligemment sensible dans son « l'Envie ». Ou plutôt montre l’auteur talentueuse de la nuance qui se cache depuis toujours derrière la forcenée farfelue de ses romans habituels .

« Dès qu’on se rencontre soi-même, les autres cherchent qui ça peut bien être ? »

« En amour quel éteignoir quand ce n’est plus un miracle qu’on espère mais une éventualité »

Simplement dit, simplement vrai.

Pour qui connaît de près ou de loin Sophie, il est a priori difficile de l’imaginer aborder quelque sujet avec sérieux uniquement, un sérieux qui n’a d’ailleurs rien de prétentieux ici, simplement riche de la justesse et de la délicatesse que mérite ce genre de sujets. En l’occurrence celui du désir sexuel qui s’éteint ou plutôt qui refuse l’hégémonie sur l’existence.

Au fil de son entourage, des événements, des mois qui passent, Sophie Fontanel raconte la difficulté d’être une femme qui ne fait pas l’amour. La difficulté pour les autres en réalité, car si cette absence de pratique sexuelle finit par vouloir se rompre, elle est surtout et décidément un écueil, une bizarrerie pour les autres et pas tant pour soi.

Sans finalement parler en détails des raisons qui mènent au choix d’être sans partenaire charnel, Sophie parvient à dire beaucoup sur ce qu’implique, engendre et procure l’inactivité sexuelle.

Ni propagande, ni regrets, le récit se contente de dire dans un style sobre et épuré ce qu’est une femme parmi tant d’êtres semblables qui ne couchent pas. De raconter cette « possible noirceur », expression miraculeuse je trouve, qui dit qui est Sophie derrière Fonelle.

Avec beaucoup de pudeur, en évitant la tentation de parler trop de la frustration, de dire mal le manque ou la satisfaction de ce manque, d’argumenter, de conclure, l’auteur agit exactement là où doit le faire l’écriture : sur le mental, la projection, l’introspection.

Effleure l’idée de la solitude, caresse celle du désir, titille la question des préjugés. En bref évoque avec beaucoup de sensualité, cette envie en berne qu’on voudrait justement faire passer pour absence de sensualité…

 

 

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 20:36

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J’aime les hommes. C’est un fait.  D’autant plus ceux qui savent écrire. Disons que je souffre de déformation « professionnelle » probablement...

C’est certainement pour ça que j’ai aimé lire ce roman succinct, percutant et direct de Nicolas Rey. Car il n’y a qu’un homme pour ne pas se laisser tenter par toute la sensiblerie littéraire que génèrent les épreuves d’une vie retranscrite.

C’est certainement pour ça aussi qu’en refermant Un léger passage à vide, j’aurais bien proposé à Nicolas Rey de m’épouser… Histoire de me la jouer sauveuse d’homme en détresse. C’est joli, quoiqu’on en dise, un romantique qui se bouffe de la brutalité dans son minois pas trop lisse. Parce que ça libère des sentiments purs, toute cette violence qu’on s’impose parfois... C’est triste aussi un peu, il faut bien le reconnaître.

J’avoue je suis du genre à aimer un peu trop les tourmentés…Dans mon top 7, il y aurait Serge Gainsbourg, Sean Penn, Benjamin Biolay, Yvan Attal, Joaquin Phoenix, Vincent Gallo et David Lynch. Belle brochette de déglingués en somme … Et je dois bien reconnaître que si j’avais croisé pour de bon la vie amoureuse de tous ces hommes, je serais certainement moi-même internée à l’heure qu’il est ! J’aurais parfois préféré rêver d’un banquier blondinet en cravate et costard gris. Je suis plutôt du genre artiste passionné, écorché vif en pleine rédemption, désinvolte sensiblo-marginal… que du lourd ! C’est agaçant de se sentir ainsi investie de missions amoureuses périlleuses tout de même. Mais c’est aussi plus fort je crois … Bref, je m’égare.

Nicolas Rey donc, est un alcoolique en rémission, un camé en sevrage, un père célibataire et un amoureux désoeuvré. Ca fait déjà pas mal au compteur. En tous cas c’est ce qu’il voudrait nous faire croire. Car  je pense que c’est aussi un auteur talentueux. Un homme au cynisme revigorant, à la subtilité attachante, une sorte de kamikaze désespéré qui a le courage de ses démons comme de ses principes.

Pour son fils, et certainement aussi pour celle qui ne veut plus être sa femme, Nicolas décide, seul, de se désolidariser de ses vices. Sans pathos inutile et prévisible, sans morale ni scrupules encombrants, il décrit quelques épisodes marquants de ce qui est une page tournée sur 20 ans de vie d’excès. Autant dire une page tournée sur soi.

On lui a reproché de survoler le sujet de l’alcoolisme, de donner un livre un peu trop décousu, un peu trop elliptique. Je pense qu’il y a une forme de pudeur et de sobriété dans cette approche certes lacunaire du problème. Finalement j’aime assez ne pas avoir tous les menus détails d’une desintox, tout le mélo complaisant d’une démarche déjà suffisamment égocentrique qui consiste à détailler l’intimité de ses failles. J’aime assez qu’on me laisse imaginer les entre-deux, les non-dits pour ne livrer que l’essentiel. L’amour qui se fait la malle, le quotidien qui devient moins romanesque, la réalité plus sourde, moins grandiloquente qu’un alcoolique affronte quand il dit décide de dire adieu à sa bouteille.

On comprend bien Marion sa femme, qui l’abandonne à ce tourbillon que rien ne semblerait jamais pouvoir  essouffler. On la déteste pourtant d’employer des mots apparemment anodins, qui se meuvent en véritables armes de destruction massive face aux espoirs refoulés de Nicolas. On comprend la peur de devenir père, surtout quand on craint à juste titre de ne pas être le meilleur exemple qui existe en la matière. On admire le courage et l’abnégation qui mènent au deuil d’une vie débauchée (donc souvent délicieuse) pour tenter d’y parvenir.

Il faut certainement, comme Nicolas, avoir entendu le rire insouciant d’un enfant de son sang, pour savoir qu’il l’emportera  indéniablement sur tout le reste. Il faut certainement avoir cramé sa vie par tous les bouts, pour savoir que cette insouciance partagée n’a pas de prix.

L’éditeur Au Diable Vauvert m’a rarement déçue. Publiant toujours des ouvrages vraiment contemporains, des plumes au vitriol. C’est ainsi que j’avais découvert Nicolas Rey, à cause d’un titre désabusé et d’une couverture sombre sur un coin de table, il y a plusieurs années de cela  à la Foire de Frankfort. C’est ainsi que je continue d’aimer Nicolas Rey, avec un livre bien emballé et un titre très ironique.

Et Nicolas j’irais bien lui dire que pour de vrai, tout ça n’était effectivement qu’ un léger passage à vide….

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 15:36

 

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Voilà comme on passe du rien ou tout. 100 pages pas une de plus. Mais c’est suffisant pour faire un bon livre. Il y a dans l’écriture la magie de la formule, celle qui s’impose à l’écrivain ou celle qui se travaille au fil de la plume. Jean-Marc Parisis en a le secret. Des phrases confondantes de beauté, de justesse, des formules courtes, exactes, tellement bien dites qu’elles demandent à être relues pour s’imprégner encore de leur merveille.

J’aimerais être Ava, être celle pour qui on écrit ces pages. J’aimerais être un homme pour dire l’amour avec tellement moins de sensiblerie, tellement plus d’intensité que les femmes ne parviennent souvent à le faire. Encombrant les sentiments de fioritures inutiles. J’aimerais avoir vécu cet amour si évident, si simple. J’aimerais savoir transcrire encore mieux la beauté d’un texte à des lecteurs convertis.

Le style, c’est celui qui distingue dans la vie, celui des vêtements peut-être un peu, mais surtout celui du cœur, de la pensée, des mots. Cette vertu arbitraire qui différencie les normaux des êtres d’exception, cette grâce qui donne de l’envergure au vécu comme aux histoires.

Ce style dont jouissent pleinement ici écrivain et héroïne, sans pour autant avoir besoin de s’illustrer par des miracles. Cette grandeur du vrai qui touche seulement certaines existences, celle d’un amour éternel mais pas pérenne, celle d’une écriture impeccable mais pas grandiloquente.

Je n’ai pas souvent envie de relire les livres car je n’ai pas souvent envie de faire deux fois la même chose. Il y a trop de diversité en toute chose pour ressasser. En revanche il y a suffisamment peu de qualité en trop de choses pour ne pas infliger un traitement particulier à celles qui le méritent.

Si en plus comme moi, vous avez eu la chance de suivre des cours à la Sorbonne, que vous avez traîné dans les cafés voisins, aimé le Luxembourg, admiré le Panthéon, vous trouverez une saveur toute particulière à cette rencontre estudiantine qui propulse dans une époque bénie où les conséquences n’ont pas encore infirmé ou confirmé nos motifs. Un moment où les rêves, les projections ne se sont pas encore heurtés au réel. Un lieu de passage, entre l’insouciance et la responsabilité, entre l’aspiration et l’accomplissement. Entre la vie et la mort aussi.

Un lieu, un temps que Jean-Marc Parisis nous permet de revisiter ou de découvrir à travers le rendez-vous le plus beau que donne la vie. Celui d’un amour véritable et absolu.

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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 21:23

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Ca tombe peut-être le mauvais soir... Mais je sens que je ne vais pas être très gentille. Ce n’est pourtant pas dans mes habitudes mais je fonde quelques espoirs en l’écriture et quand ils sont déçus je me fâche. La raison de mon courroux : le livre de Thomas Lélu. J’avais envie de découvrir cet auteur depuis un moment car je ne voulais pas m’en tenir à l’a priori qu’un jeune homme de la hype à lunettes peut générer. Oui mais voilà… Je suis allée jusqu’au bout, au bout de son parisien, en attendant le miracle de la chute, celui de la réconciliation avec son livre. Et il n’est pas venu.

On m’avait dit qu’on lui reprochait d’avoir fait un bouquin à base de name dropping (énumération de noms). Et bien on a raison. Si je ne suis pas vraiment ce qu’on peut appeler un membre de la hype, j’en ai parfois été la spectatrice privilégiée. Ou devrais- je dire affligée. Car derrière la hype, synonyme de rumeur je le rappelle, il y a bien du soi-disant, de l’apparence, de l’infondé. C’est ainsi que je perçois à travers ce livre, un milieu que je connais de loin, dont certains acteurs me sont familiers. Et je leur en veux un peu d’avoir tant droit au chapitre, de briller dans toutes les chroniques de soirées, de voir s’ouvrir les portes des plus beaux lieux, des plus folles aventures sans jamais les honorer vraiment d’une grande histoire. Car ce qu’écrit Thomas Lélu, c’est une histoire d’amour, du genre de celles qu’on voudrait passionnées, terribles, tourmentées, incendiaires, se consumant dans des nuits parisiennes d’excès. Et à la place on a du vide, de l’inertie, du creux. Un semblant de sentiments contrariés, d’aspirations fluctuantes. Une sorte d’inadéquation qui pourrait confiner au malaise générationnel émouvant et qui s’en tient au néant du ressenti, à la passivité. Un quotidien fait de marques, de lieux branchés et d’intervenants qui ne disent rien qu’à une élite de fêtards de la capitale et qui laisseront le lecteur lambda sur sa faim. Et pourtant, je pourrais, un peu mieux que ceux qui sont si loin de cette vérité, comprendre, être interpellée. Mais je reste impassible, hermétique. Les phrases simples, le langage qui pourrait être franc car droit au cœur est inconsistant, le contexte qui pourrait être grisant est plombant. Il y a certainement de la franchise, il y a indéniablement une sincérité méritante dans cette écriture lavée de toutes fioritures. Mais…

Cet amour de trentenaire qui se délie de je t’aime en refus, ne m’accroche pas. Je ne me sens ni désabusée par procuration, ni touchée par réminiscence, ni instruite par l’expérience relatée. Je suis un peu triste de cette jeunesse dorée qui est sur le devant de la scène et qui n’en fait pas plus pour se démener sur le terrain de jeu de luxe qu’on lui donne pour s’éclater. Je suis un peu triste de cette histoire d’amour que je voudrais voir exploser, s’effondrer, s’anéantir ou au contraire se résoudre, s’épanouir et qui s’essouffle à mesure que les mots la racontent par bribes, qui s’éternise sans que l’on ne comprenne bien le but ni humain, ni littéraire.

Sur le créneau du désenchantement et de l’indécision amoureuse, quelques auteurs plus agressifs parviennent au moins à cueillir le lecteur à défaut de le régaler. Le Parisien c’est le journal d’un jeune homme qui a beaucoup et qui n’en fait pas grand-chose. Je ne connais pas l’auteur donc je ne jugerai pas de qui il est intrinsèquement. Pour avoir écrit deux bouquins, que j’ai d’ailleurs jugés trop pauvres pour tenter de les publier, je me permets simplement d’en vouloir à un jeune auteur, certainement plus talentueux que ne le laisse paraître cette œuvre, de n’exiger pas plus de lui-même, tout au moins dans ce qu’il décide de livrer aux autres.  La vie est parfois insipide mais il appartient à l’écriture de pouvoir la rendre tellement plus belle. Sans la réinventer pour autant,  mais en sachant seulement bien la dire.

Ceci étant, comme je ne suis ni critique littéraire, ni d'excellente humeur ce soir, je vous invite à vous faire votre propre idée pour que nous puissions peut-être en débattre!

Et promis demain, en bonne blogueuse de mode, j'en reviens à mes moutons.
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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 20:39

Les passionnés me comprendront. J’aime la passion. Un pléonasme ? Non juste une obsession. Vivre sans passion, c’est vivre sans raison. Et ce n’est pas seulement pour la rime que je vous sors ce lieu commun... C’est parce que j’en suis intimement convaincue.

Sur le créneau de la passion je pense que les auteurs allemands de l’époque romantique comme Goethe avaient déjà tout dit. On m’a fait remarquer récemment que mon style d’écriture (en dehors de ce blog) ressemblait à celui de Stefan Zweig. Je me suis aussitôt replongée dans la lecture de 24h de la vie d’une femme, l’une de ses œuvres lue il y a quelques années et également dans la découverte de Lettre d’une inconnue paru récemment. Aurais-je la prétention de dire que je me suis retrouvée dans le style des lignes de cet auteur hyper sensible qui dépeint la passion (amoureuse en l’occurrence) avec une précision du sentiment absolument renversante ?

Certainement pas. Mais en revanche je me suis reconnue dans la brutalité du sentiment qui est décrit, dans l’incroyable magie de cette passion, dans sa cruauté aussi. Je me suis reconnue dans la cadence haletante des sentiments croissants, dans le paroxysme d’une béatitude que seule la passion tutoie. Je me suis retrouvée dans les détails d’un ressenti qu’il est si dur de capturer, ce que Zweig accomplit avec un talent inégalé il faut bien le reconnaître.

Chaque ligne, chaque circonstance m’a rappelé un événement vécu. Des dizaines de fois j’ai souri en pensant à mes propres expériences, à mes propres sensations en parcourant ces deux oeuvres. Des dizaines de fois j’ai repoussé le livre bouleversée par la pertinence du sentiment décrit, décontenancée par cette évidence si difficilement dicible, émue par la réminiscence nostalgique qu’il a provoqué. Je l’ai repoussé aussi pour toutes les douleurs enfouies qu’il a su réveiller en quelques mots.

Est-ce que toute une vie peut basculer en 24h ? Bien entendu. Est-ce que la passion est la meilleure raison pour tenter ce virage radical ? Certainement.

Chaque passion est différente en but et en motif. Mais son accomplissement, son monopole sur le cœur, son emprise sur soi sont communs à tous les passionnés je crois. Elle étreint sans laisser le choix, elle détourne de tout, du reste, du raisonnable parfois. Elle comble d’un bonheur extatique absolument indescriptible et tout à fait subjectif et parfois elle détruit avec la même puissance avec laquelle elle a su nous rendre heureux. C’est exactement le propre de la passion, cette ambivalence, ce danger aussi irrésistible que préoccupant, aussi grisant que néfaste.

Heureusement que certaines d’entre elles sont moins nuisibles que d’autres. Et si je passe des heures à écrire passionnément ce blog, à y parler de mode et de superficialité réconfortante, c’est peut-être parce que certaines passions n’ont de risques que matériels et que celles-ci doivent donc être vécues sereinement, sans complexes, sans craintes car elles sont pur plaisir. Je suis d'ailleurs particulèrement touchée par vos commentaires qui prouvent que cette passion arrive à transparaître à travers ce blog.

Pour toutes les autres passions, je laisse à chacun d’entre vous le soin de juger de leur légitimité... Et je vous quitte en musique avec l’une des chansons les plus sensuelles en la matière, qui m'a rattrapée tout à l'heure dans le métro... Parce qu’entre autres passions,j’ai également celle de la musique... Mais promis, je ne sortirai pas mon grand couplet ce soir à ce sujet !

 





 


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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 20:43

Il y a des livres comme ça qu’on aurait aimé écrire. Ou plutôt il y a des livres que l’on aurait pu écrire... si l’on avait su le faire avec le même talent.


Laurence Tardieu n’est pas une virtuose du style ou une prodige de la littérature. En revanche c’est une auteure qui donne à la sensibilité, à la passion tout leur sens. Si vous ne connaissez pas le sentiment de nostalgie, le vrai, celui d’une émotion intense qui submerge au hasard d’odeurs, de regards, vous ne comprendrez pas  celle qui accompagne « Un temps fou ». Si vous êtes hermétique à la mélancolie, insubmersible face aux sentiments, étranger à l’emportement ,ce livre n’est pas pour vous.

 

 


Il y a une justesse, une pertinence absolue de l’expression du ressenti amoureux,. Il y a des nuances parfaites dans sa retranscription qui arrachent des sourires complices au lecteur.

Oui la passion ça fait bien ça, ça rend extatique puis souvent solitaire, ça transporte au-delà de l’entendement et ça abandonne un beau jour sans préavis. Oui c’est tellement vrai que celui qu’on aime, on le rêve si fort, plus fort même que ce qu’il est vraiment, que ce rêve ressemble à s’y méprendre à un idéal enfin accessible, mais qu’au final, souvent, toujours, il n’est bien qu’un rêve.

 


Un temps fou, c’est celui qui s’étire, qui perdure, malgré les désillusions, les aléas, les décisions. C’est celui qu’il faut pour oublier, ou plutôt pour accepter, que ce qui a eu un goût d’éternité un jour, n’est pas forcément fait pour toujours. Un temps fou, c’est la durée incroyable du sentiment, de sa puissance qui se résume parfois à un événement et puise dans celui-ci une existence disproportionnée, une légitimité discutable. Un temps fou ou aussi une vitesse folle, celle du passage des années qui éloignent sans séparer, qui assagissent sans annihiler, qui vieillissent sans tuer.

 


Et puis il y a l’écriture, ce besoin de l’histoire pour écrire ou l’inverse…d’écrire pour l’histoire. Un livre nous touche certainement car on s’y retrouve, à défaut qu’il nous transporte dans un tout autre univers.

Et s’il y a bien une phrase dont j’aurais pu être coupable, ce serait  celle-ci : « J’ai simplement pensé, un jour, que sans doute ma façon d’éprouver la vie et ses pulsations ne s’accordait pas parfaitement à ce monde-ci et que, peut–être, se trouvait là une des raisons qui, depuis longtemps, me poussait à écrire : tenter de combler le sillon, la légère dépression qui depuis toujours existait entre moi et le réel. »

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Published by Laure - dans Les mots
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