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Blog mode à tendance rock et à variations littéraires et musicales. Mode en séries, découverte de créateurs, vente en ligne de mes créations bijoux (INDIE), revue de must have, chroniques de bouquins et de CDs, vide-dressing...

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CONTROL


La new wave, et sa déclinaison paroxystique la cold wave, déversent leur vague de froide mélancolie sur la littérature et le cinéma.

On ne compte plus les biopics récents en tous genres qui s’attaquent aux destins de ceux qui ont marqué leur époque : Coluche et son tapage médiatique de pré -sortie, Piaf et sa Cotillard oscarisée, Mesrine ou l’éloge posthume d’un bandit starisé, Ray Charles et son doigté aveugle légendaire…Et il y a plus d’un an, le saisissant Control qui faisant jaser le festival de Cannes, retraçant le parcours du groupe anglais Joy Division mais surtout de son défunt chanteur et leader Ian Curtis.



Dire que le film m’a plu est un euphémisme. Je ne connaissais que les mélodies lancinantes et la voix gravement ténébreuse de son chanteur. Découvrir sa vie sentimentale - car c’est surtout le propos de ce film d’après moi - donne une dimension absolument inédite à sa musique. Ce quelque chose de foncièrement chaleureux qui pourrait logiquement faire défaut à la cold wave et qui se loge quelque part entre un romantisme exacerbé et des émotions absolues. Tous deux ingrédients majeurs de l’existence de Ian Curtis, suicidé par pendaison à 23 ans dans la cuisine de son appartement de jeune père dépressif, à la veille de son départ pour une tournée certainement triomphale aux USA...


extrait du film


L’interprétation du brillantissime Sam Riley est blufante. A y regarder de près, il pourrait certes tout aussi bien jouer un Pete Doherty névrosé et défoncé. Mais en l’occurrence le mimétisme de sa gestuelle et cette espèce de nonchalance fantomatique qu’il emprunte à Ian Curtis, sont confondantes de similitudes. Ian Curtis est un exalté sombre qui est la première victime de son inadéquation à ses rêves. Se marier, être père, être un artiste reconnu : tels sont les objectifs qu’atteint Ian, comme à son insu, mais qui finissent par devenir les fardeaux d’une vie plus subie que vécue.

 


portrait de Ian Curtis


Impossible de ne pas songer à Kurt Cobain et à son rejet d’une renommée dont il ne savait que faire et qui fut pourtant la sacralisation la plus légitime à laquelle aspire généralement un artiste….Impossible de ne pas se dire que nos idéaux se transforment parfois en nos pires ennemis… Impossible de ne pas songer que certains êtres sont nés pour n’être jamais en phase avec leur vie…Impossible de ne pas être touchée par l’injustice de la maladie, de l’épilepsie de Ian Curtis qui est comme une condamnation irréductible à vivre dans l’angoisse des crises, dans la marginalité d’une existence que l’on ne domine pas vraiment… Qui contraint ce grand corps qui semble avoir déjà tellement de mal à trouver une place adéquate dans l’espace, à convulser au rythme de ses peurs, de ses désillusions. Une danse saccadée que sa victime désespérée porta sur scène, comme une manière de conjurer le sort en le transformant en un style…


extrait du film


Les séquences de cette vie, que l’on sent mue par une solitude extrême même si l’on ignore encore le destin tragique de son chanteur, se construisent autour des textes de Ian. Des textes qui disent explicitement la maîtrise qu’il perd de sa propre vie, de son propre corps. Qui disent l’amour qui s’évanouit. La déchirure d’être à trois, là où le coeur n’a de place que pour deux. Qui disent une forme de résignation, qui disent déjà que Ian Curtis abdique et que finalement sa mort décidée n’est que l’aboutissement prévisible de sa vision désabusée de la vie.


extrait du film


Tourné en noir et blanc, ce film d’Anton Corbjin est d’un esthétisme impeccable. L’absence de couleurs y tutoie avec évidence le manichéisme inhérent aux mythes : Live fast and die young. Sans autre alternative.

 

Deuxième pioche dans la veine de la New Wave : le livre éponyme sorti chez Flammarion parmi les centaines de romans que compte la rentrée littéraire française chaque année. Est-ce de l’avoir lu après avoir vu Control, qui évoque donc le même courant musical avec tant de brio, qui m’a laissée sur ma fin ?



New Wave est une sorte de libre interprétation d’un téléfilm de Gaël Morel revisité par l’auteur Ariel Kenig. Et il manque justement à une écriture propre mais sans passion, des images qui donneraient de la matière au contenu. Une amitié adolescente à sens unique sur fond musical. L’idée que j’ai aimé, car elle fait partie de celles que j’aimerais mettre en œuvre un jour : proposer une playlist relative aux différents chapitres du livre. Ou comment lire en écoutant la musique qui diffuse l’ambiance que l’on ne saurait retranscrire par les mots. Sorti de cela, point de climax dans cette histoire de fascination aux accents tragiques. C’est bien le froid de la new wave qui souffle sur ces deux destins parallèles de jeunes garçons, en proie à une forme d’ennui fédérateur que la musique pourrait guérir…

 

Deux vagues de froid dont l’une étreint les tripes et l’autre laisse de glace…

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