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Le sapin a perdu tous ses colocataires. Il siège seul dans le salon, attendant maintenant de finir sur un trottoir début janvier. Quand ses lumières n’auront plus de sens puisque les fêtes seront passées.
Les cris des enfants déchirant anarchiquement leurs paquets se sont tus.
On a fait la vaisselle, lavé les assiettes de foie gras, de saumon qui ont régalé toute la famille.
Noël c’est fini jusqu’à l’année prochaine. Plus de frénésie d’achat de dernière minute pour tenter de faire plaisir un peu, pour honorer ces instants où l’on se retrouve tous ensemble ponctuellement. Pour se dire que quelque solitude que l’on vive, des gens du même sang sont là, quelque part, près de nous ou à des kilomètres, tous réunis en un jour.
Je me souviens d'avoir eu 8 ans.
Je me souviens d’un grand sapin. D’avoir grimpé sur un escabeau pour y mettre l’étoile à la cime. De m’être évertuée à l’enlacer harmonieusement d’une guirlande de lumières. D’avoir regardé fièrement le résultat des boules éparses, réparties sur ses branches avec méticulosité.
Je me souviens des chants de Noël résonnant dans ce grand salon parisien, entrecoupés par les bruits de cuisine où se trame un repas copieux.
Je me souviens des cadeaux secrets qui s’amassent en bas du grand arbre, de ceux qu’on secoue un peu, secrètement, pour tenter de deviner ce qu’on ne veut pas vraiment savoir en fait. D’avoir laissé une chaussure en attendant, prête à bondir dans l’escalier, d’y découvrir les cadeaux laissés par le Père Noël. Je me souviens d’une petite famille unie, assise par terre en pyjamas un 25 décembre...
Je me souviens de tous ces clichés qui rendent moqueurs simplement quand on n’en a pas goûté le bonheur insouciant.
Je me souviens des prières chaque année au soir du 24, qui égrainent les noms de ceux qui nous quittent, chaque fois plus nombreux.
Je me souviens d’avoir aimé Noël comme on guette les instants de grâce que l’on sait imminents. De m’être sentie rassurée de savoir les miens tous réunis au même endroit, au même moment, sans que la vie ne puisse alors en viser aucun dans sa cible.
Je me souviens des lendemains où on appelle ses copines pour leur raconter toutes les petites merveilles qui viennent jalonner cette fin d’année.
Je me souviens de la plénitude du cœur quand il sait que quitter les siens, ne sera que pour mieux retrouver LE sien. Celui à qui on dira ces moments de complicité qui sont propres à toutes les familles. Qui nous racontera les siens. Avec qui on étrennera ses nouveaux « jouets » pour redevenir les enfants que l’on voudrait ne jamais cesser d’être.
Et je me dis que la fête n’est jamais aussi belle que quand on peut la partager. Je me dis que l’on ne se sent jamais plus seule que lorsque l’on est très entourée…
Je me souviens que j’aimais Noël. Et je me dis qu’il va bien falloir l’aimer à nouveau car il semblerait que ce soit encore au programme l’année prochaine.