Blog mode à tendance rock et à variations littéraires et musicales. Mode en séries, découverte de créateurs, vente en ligne de mes créations bijoux (INDIE), revue de must have, chroniques de bouquins et de CDs, vide-dressing...
Le titre à lui seul est un régal. Et quand je ne
connais d'avance ni l'histoire, ni l'auteur, un titre à lui seul suffit à me faire succomber.
Je consomme les livres un peu comme les vêtements: goûlument, compulsivement, insatiablement.
Alors j'ai été relativement comblée par ce même investissement immodéré que met l'auteur dans la passion qu'elle transcrit dans ce livre.
Car l'amour aussi fait partie des domaines que je n'ai pas envie de rendre raisonnables.
Il n'y a pas de fioritures, le style est direct, dénué de détails ou de tentatives syntaxiques élaborées qui voudraient le rendre plus personnel, plus atypique.
"IL", n'a pas de nom. Et sinon ce sera JE. De toute façon la passion est nécessairement un huis clos que Sandrine Ray résume parfaitement ainsi "dès qu'il est là les contours du monde
s'estompent...". Le reste n'est que le décor de la passion qui enflamme deux êtres. Dès lors, nulle raison de la détailler outre mesure. L'essentiel est contenu ailleurs, entre parenthèse de tout
le reste.
Sandrine Ray dit le silence qu'il faut accepter pour garder l'autre, les excès auxquels elle s'offre imprudente pour être un peu plus avec lui, à lui, dit l'errance de l'attente, dit l'indécision qui à le fois grise et retient. Elle dit la tendresse, l'émotion derrière l'omniprésence du corps, de l'acte sexuel.
Entre Deauville, Paris, Cannes, L.A, la narratrice est la maîtresse qui accepte d'être cachée puisque c'est tout ce qu'elle pourra avoir. J'ai été très touchée par
le tempérament de cette femme qui ne discute jamais d'aliéner la liberté de l'autre même si celle-ci la met elle-même à distance... qui court après la sensation d'existence comme pour donner un
goût d'absolu à sa vie:
- "c'était la première fois qu'un adulte osait me dire :" Je ne suis pas capable" [...] j'avais pu, dès lors, essayer, me tromper, me perdre, mais en toutes circonstances: vivre. Je n'ai jamais
oublié ce cadeau"
- "Je suis mystique. Tout ce que je fais est un quête, y compris les errances, les plongeons dans le vide... J'ai besoin de grand, de beau, d'expériences."
Une femme qui aime les hommes, qui les comprend certainement parce qu'elle leur ressemble un peu:
-" C'est le dernier homme avec qui j'ai bien dormi. Je me sentais libre. J'aimais qu'il me demande chaque fois davantage. Je suis une fille de défi. Un garçon manqué? Entre hommes on se
comprend."
Une femme imparfaite et donc tellement touchante. Encore une fois dans mes lectures estivales, voici un ouvrage qui réhabilite le corps, qui redore le désir. Désir dont il ne faut pas faire une
fin en soi, mais auquel il faut garder toute son importance. Le désir, tellement plus fort que la jalousie pour dire l'attachement, sa puissance. Le désir qui remplit parfois tout l'espace de
l'amour sans pour autant le teinter de vulgarité.
"J'aime les hommes forts et fragiles, doux et brutaux, intelligents et idiots, drôles et désespérés. Ceux qui n'ont plus peur. L'innocence des êtres qui sont eux-mêmes." Simpliste? Quoi de plus
subtil que d' être ce bon dosage d'ambivalence et non de contradiction, qui rend, d'après moi, un homme abouti...
Mon besoin d'amour est impossible à rassasier c'est se perdre pour se trouver. Se détruire pour exister. Repousser ses limites pour aimer. S'oublier pour ressentir. Puis comprendre pour
avancer. Puis raconter pour continuer. Et certainement recommencer.