Blog mode à tendance rock et à variations littéraires et musicales. Mode en séries, découverte de créateurs, vente en ligne de mes créations bijoux (INDIE), revue de must have, chroniques de bouquins et de CDs, vide-dressing...
"- Ah oui d’accord, tu écris des articles dans les magazines de mode ?
Voici la question que l’on me pose régulièrement lorsqu’il s’agit d’expliquer mon métier : attachée de presse donc. Pour résumer je ne suis ni journaliste, ni styliste. J’essaye juste de faire le bonheur des deux !
Cela dit pour ce qui est d’écrire les articles ce n’est pas tout à fait faux. Quelle ne fut pas ma fierté quand je découvris aux prémisses de cette grande carrière dans la communication, que les mots exacts de l’un de mes communiqués de presse avaient eu leur chance dans un magazine..... Depuis ce "plagiat" lorsqu'il a lieu ne cesse de me remplir de joie, impliquant que le contenu de mes dossiers est suffisamment bon pour être cité tel quel. En plus il minimise le risque d’erreurs qui font habituellement monter la tension, déjà très haute, des attachées de presse à l'affût de la moindre bourde au sujet de leurs chers clients…
Je reprends, car je sais bien que ce n’est jamais très clair : je suis attachée de presse, c'est-à-dire la fille qui ne sert pas toujours à grand-chose pendant les rendez-vous, qui est là pour faire la jonction entre les deux interlocuteurs en présence, avec une alternance entre mutisme et exubérance, selon…, mais qui surtout, surtout, doit sourire, être aimable en toutes circonstances, particulièrement quand elles s’avèrent être hostiles, faire face à quelque demande que ce soit, de la plus improbable (« Vous n’auriez pas du jus de goyave ? ») à la plus gravissime (« Si je n’ai pas les visuels du top moutarde perlé dans une heure, la parution saute !!! »). Un quotidien lourd de conséquences dans un milieu qui ne pardonne pas grand-chose. Et je ne parle même pas d’une faute de goût!!
Je suis celle dont le but ultime est de promouvoir le talent d’un créateur, le promouvoir dans les médias, surtout dans la presse écrite (les jours où la télé manifeste son intérêt, sont des jours de grâce paroxystique pour nous).
Je suis là, tapie dans l’ombre car ce n’est pas à moi de briller (sauf s’il s’agit des paillettes des vêtements de ceux que je représente), à remuer ciel et terre pour que mon cher protégé voit son talent reconnu et proclamé, atteigne la gloire que confère une parution dans Vogue, ou au moins en attendant, celle non moins gratifiante, de deux lignes et une photo dans le Cosmo…
Mon dada : les vêtements, jupes, shorts, tops, pantalons, chaussures, sacs… Ce qui ferait le bonheur de toute fille normalement constituée, s’il ne s’agissait pas de faire que ces jupes, shorts, tops, pantalons, chaussures soient les stars de demain, s’ils ne me demandaient pas de déployer une énergie aussi spectaculaire que dérisoire au fond pour leur obtenir une place sous les spots lights.
Car mettons-nous bien d’accord : nous parlons de textile, de fripes, de bout de chiffons, pas d’êtres humains. Ca coule de source, mais en réalité c’est essentiel. Car cette nature même matérielle de l’enjeu semble parfois totalement échapper aux gens du milieu...
Loin de moi l’idée de cracher dans la soupe, puisque grâce à ce joli métier j’en mange d’ailleurs très peu. Je ne parle pas du salaire, bien entendu celui-ci
pourrait faire l’objet de longues et fastidieuses doléances, comme tout un chacun en aurait à l'égard de son propre sort. Disons simplement que s’il était proportionnel au dynamisme engrangé,
il avoisinerait certainement celui des plus gros patrons, mais dieu soit loué pour les nombreux bureaux de presse parisiens, nous sommes bien loin de ce genre de
considérations !
La soupe donc serait plutôt remplacée par des sushis pendant les réunions clients, des petits plats, petits c’est le mot, dans des restaus branchés pour les rv journalistes, des bouchées de traiteurs dans les soirées huppées de la capitale, du champagne à tout bout de coupe quelles que soient les circonstances….
Je me souviens de mes premiers jours en tant qu’attachée de presse.
C’est un thé que j’ai bu ce jour là dans un de ces appartements parisiens qui devraient faire rougir leurs propriétaires pour être si honteusement beaux et spacieux !
Un appartement sous les toits - pas de petites chambres de bonnes rabibochées, non malheureuse !- un vrai étage sous les toits avec de vraies fenêtres qui baignent un séjour qui fait bien plus de la taille de mon appartement à lui seul. Un total look blanc immaculé dont on se demande comment il est possible qu’il soit aussi clean, ponctué de mobilier noir bien entendu.
Dans le salon, nous prenions donc le thé entre filles. J’aurais pu me croire avec mes copines, sauf que la brune métisse qui partageait ses histoires de grossesse avec nous, n’était autre qu’un des membres actifs du binôme de la « night parisienne » qui se targue de bien vouloir se faire sauter pour la gloire...
Mon sentiment se situait entre une désagréable impression de condescendance envers des personnes dont on ne dirait pas vraiment que l’on est fan et une sensation de douce légèreté à l’idée que cet instant est un échantillon du quotidien de paillettes et de superflu en quoi va consister mon travail.
Echantillon effectivement, car mon quotidien c’est aussi arpenter les rues les plus chics de la capitale en passant de bars branchés en restos inabordables, avec un chèque qui ne sera pas signé de mon nom!
Je connais par cœur les serveuses de certains des établissements des deux frères auvergnats dont le nom crée une connivence immédiate entre habitués parisiens, comme si ce simple patronyme garantissait qualité et goût. Alors la qualité doit aujourd’hui consister à être servi par des gens privés de sourires mais à la pointe du style et le goût dépend très certainement du montant de l’addition.
Paris n’est toutefois pas le seul lieu de prédilection de la mode. Nos clients sont italiens, anglais, belge… Pour Milan j’attendrai un statut de sénior, les billets coûtent chers en business et dans ce milieu on ne connaît pas trop la classe éco. A moi donc Bruxelles et Londres.
Je connais le Thalys mieux que personne, les boutiques d’Oxford Street où ma patronne m'emmène faire des courses quand nous venons pour la journée assister à 20 min de défilé de notre client, les boutiques, toujours, de l’avenue Louise à Bruxelles, mais absolument rien qui s'apparente à une visite culturelle de ce deux villes depuis la dizaine d’allers retours que j’y ai fait.
Bien entendu qui se plaindrait d’être attendue par un chauffeur à la sortie du train, logé dans un Palace flambant neuf, escorté dans les endroits les plus luxueux des villes concernées ?
Ce luxe fait-il le bonheur, a-t-il seulement un sens? Pour les questions existentielles je repasserai plus tard. Je vous l'ai dit je suis attachée de presse, ce ne sont pas des questions que l'on se pose enfin... !
Pour en revenir à des choses plus terre à terre, j’ai oublié aussi de parler de Cannes et de son festival.
Car depuis presque 3 ans , ma mission ultime dans ce bureau de presse est d’assurer la communication d’une plage, celle d’un Palace de la Croisette . Comment ça ce n’est pas un travail ? C’en est un et des plus éreintants s’il vous plaît, si on juge qu’il faut 6 mois de préparation pour le projet mis en place dans ce lieu, une équipe de 4 personnes sur place pour faire face pendant 15 jours afin de ne pas sombrer dans l’hystérie la plus totale.
Bien entendu de l’extérieur c’est un paradis : une plongée en plein cœur du gratin du cinéma, de la mode, de la musique, des soirées éblouissantes sans rien débourser, accueillie par les
tenanciers de lieux dont on connaissant simplement le videur jusqu’alors, des tenues de couturiers et des bijoux à 12OOO dollars pour se la péter à bloc, des chauffeurs encore et toujours car
il est hors de question de se mêler aux chalands cannois de la Croisette.
Mais ceci n’est que la face immergée de l’iceberg. Le travail abyssal se trame dans des bureaux sur-voletés où l’usage du téléphone et du mail nous remémore chaque jour la pertinence de cette interrogation d’un grand homme contemporain : « Mais comment faisait-on avant ? »
Il est vrai : comment pouvait faire la pauvre attachée de presse sans son iphone et son blackberry, sans son clavier et facebook pour communiquer plus vite que la lumière, ne pas rater un bouclage à 5 min près, trouver un taxi à toute heure du jour et de la nuit, prévenir de ses 30 min de retard de politesse incompressibles ???
Je vous pose la question!!!!!
Voir aussi:
http://modeoperatoire.over-blog.com/article-24-h-dans-la-vie-d-une-rp-44221892.html