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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 21:58

Je trouvais le titre très prometteur. Ca aurait pu être celui d’une chanson de Gainsbourg ou d’un film ringard des années 90. Moi je lui ai trouvé ce quelque chose de délicatement sombre, de délicieusement romantique qui effleure le cliché de mauvais goût en lui gardant tout de même ce qu’il faut de mystère. Je savais pourtant qu’il s’agissait des écrits d’un jeune homme évoluant dans le sillage des NAAST, ce groupe aussi talentueux que fulgurant de la jeune scène rock dandy française….

 

 

 

 

 

 

 

 

Le problème n’est pas tant que le style soit encore un peu pauvre. Il est de l’acabit d’un jeune homme de 15 ans, Boris Bergmann donc, qui reçu néanmoins de Frédéric Beigbeder- est-ce un signe ?- le prix de Flore du Lycéen 2007.


 

Ce n’est pas tant que l’histoire soit creuse. N’est-ce pas le propre de la vie adolescente de toute façon ?...D’autant plus lorsqu’elle se déroule dans ce décor de simulacre rock qui tient lieu de tendance générationnelle depuis quelques années. Et dont les fondements n'ont de communs avec le rock que l’esthétisme et non l’essence même.

Ce n’est pas tant que cet égotisme, ce narcissisme revendiqué (qui ont le grand mérite d’être absolument lucides et explicites), cette fadeur des aspirations du jeune héros Isidore, soient dénués d’intérêt romanesque, tournant incessamment autour d’une violence incontrôlable et délibérée qui est le fil conducteur du roman….

 

C’est plutôt qu’il s’agisse d’un journal imaginaire, où l’emphase des actes  dépeints, est certainement inversement proportionnel au vécu réel de l’auteur. Ce qui nous revèle un peu plus la passivité de cette génération qui a des idoles plein la tête mais pas forcément le courage de son propre destin...Car de fait le rock’n roll n’est pas tant un look ou une musique qu’une attitude, un lifestyle qui ne se décide pas mais qui s’impose à soi, par la force de sa nature personnelle. Les errances nocturnes, l'alcool, le sexe ici présents, sont des ingrédients galvaudés d'un état d'esprit rock dont le vrai propos est avant tout une liberté d'acte et de paroles.



Le vrai point positif, c’est l’honnêteté de cette obsession rock’n rollesque qui se meut en choix de vie à l’âge où chacun se décide obligatoirement pour un socio-style. C’est cet aveu du superficiel tellement tentant, tellement grisant, qui anime tous ces jeunes dandies écervelés essayant de se créer un personnage à travers des fringues d’un autre temps(  qui ont néanmoins la vertu de leur donner plus d'allure que ne le font les consensuels baskets et jeans des sorties de collège….)

L’autre point touchant, c’est la désillusion amoureuse qui est le fardeau de tout adolescent, et apparaît comme seul ancrage affectif dans cette bulle d’apparences qu'est le quotidien d'Isidore. Qui replace le personnage dans un réel plausible et le rend plus attachant car plus crédible.

Sans cela - et c’est certainement un peu le propos de cet auteur qui sait qu’en se faisant détester à crier ainsi sa vanité, au moins, il existe plus fort - ce récit confirme une chose : que l’adolescence est l’âge des excès , nécessaires autant que risibles, de la construction de soi, précaire autant qu’inquiétante, des idéaux infondés, inintelligibles autant que sensibles.

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 15:05

Il est toujours difficile de savoir par où prendre l’émotion. Comment lui rendre justice, la transmettre quand elle submerge avec autant de divine puissance. J’aime les livres, leurs titres, leurs couvertures, leurs secrets qui viennent s’empiler en nombre dans les étagères débordantes de ma chambre.


J’aime leur présence rassurante autour de moi, la poussière qui s’accumule un peu sur leurs tranches car je les relis rarement plusieurs fois. Pour garder intacte l’émotion spontanée qu’ils ont générée et ne jamais leur donner le choix de me décevoir la fois suivante. J’aime la surprise des mots qui tiennent en haleine, ceux dont on ne peut se séparer car soudain ils emmènent loin, si loin de ce quotidien dont je peine parfois à me détacher alors que je voudrais m’évader ailleurs quelques heures, seulement, pour le retrouver ensuite avec un œil nouveau.

 

 

L’inachevée est le premier roman parfaitement abouti de Sarah Chiche, une auteure dont je ne connais rien mais qui pourtant vient de se tailler une place de reine dans ma bibliothèque.


L’inachevée c’est l’histoire d’un chemin familial, d’une vie de jeune femme déchirée, disloquée qui pour autant brille par sa dignité, son intelligence, son courage. Une enfance sous les coups d’une mère vampirisante, une vie de femme au gré de rencontres masculines qui effleurent ou sauvent, une construction filiale qui ne peut avoir lieu puisqu’on en a décidé autrement pour soi. Une descente aux enfers sans le pathos larmoyant dans lequel s’engouffrent trop souvent les auteurs contemporains, adeptes de l’autofiction si littérairement tendance. Et au bout, la vie, le souffle de la rencontre qui balaye tous les démons pour faire éclore l’envie, finalement, d’être et de ne plus subir, d’aimer et de ne plus pleurer.


J’aime les femmes qui ont l’élégance de la vulgarité. Qui ne s’encombrent pas de mots classieux pour dire ce qui est trivial, brutal. Qui ont l’audace des mots crus parce qu’en contrepartie elles maîtrisent parfaitement la subtilité sémantique que nécessitent des sentiments plus complexes. J’aime les mots et leur  pertinence essentielle à l’acte d’écriture, qui seule, permet de savoir dire des choses qui touchent directement au cœur sans jamais, jamais sombrer dans le mauvais goût, l’excès ou les faux semblants. Le style de Sarah Chiche est parfait car il est riche de diversité et de contrastes, car il s’adapte aux situations pour leur faire dire idéalement les choses et qu’il est au final, un tout cohérent et unique, qui est le propre des grands écrivains.

 

Est-ce parce que cet environnement bourgeois familial ne m’est pas inconnu, parce que ces racines que la vie arrache et que l’on tente en vain de replanter me rappellent d’autres plus intimes, parce que le père est finalement si fondateur dans l’existence d’une fille et que la mère demeure toujours celle que l’on pardonne, quels que soient ses naufrages et que l’on aime envers et contre tout? … Est-ce parce que les hommes déçoivent autant qu’ils ravissent, que les maux doivent toujours se déchaîner pour pouvoir laisser la place à la sérénité ensuite, seulement? ... Est-ce parce que la famille est parfois un fardeau incommensurable auquel on aspire pourtant seulement à trouver un sens, est-ce parce que l’histoire des uns conditionne souvent celles des autres, parce que les traumatismes de l’enfance sont, comme le disent les psychanalystes de manière si automatiquement agaçante, des écueils sur lesquels nos consciences adultes arriment sans cesse leur détresse ?….


L’inachevée est l’un des romans les plus bouleversants, les plus confondants de sincérité parcimonieuse, de beauté stylistique, qui m’est tombé sous les yeux depuis longtemps.


Et je le dois à l’intelligence sensible d’une rédactrice en chef, dont la rencontre est une surprise humaine aussi nourrissante que cet excellent livre.

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 23:31
La cruauté est un vilain défaut qui ravit souvent les âmes perverses. Les Liaisons Dangereuses ont marqué la littérature du sceau de la transgression amoureuse par excellence. Son trio romanesque résumait brillamment la complexité des relations amoureuses, la perdition dans laquelle entraînent les passions.

Camille de Peretti, dont le nom à lui seul fait d'elle une héroïne sur mesure, met en mots un échange épistolaire moderne à l'image de celui de Choderlos de Laclos. Ses intriguants sont de jeunes adultes avides de sensations, de sentiments, des stratèges bien plus perfides que leurs aînés. Leur vice est encore plus malveillant que ne le fut celui de leurs idoles littéraires, sur qui ils calquent un jeu amoureux périlleux.




Détruire les âmes fragiles, abîmer les êtres purs, prendre le pouvoir sur des coeurs ardents, voila les motivations de Camille et Julien dont le cynisme est sans limites.
Mais comme chez Laclos, même le jeu, même la stratégie, même les calculs ramènent toujours au sentiment, vrai, inaliénable, qui a toujours le dernier mot. Le mensonge, l'imposture, la manipulation sont vaincus par la vérité, sa pesanteur sous-jacente qui finit toujours par éclore au détour de manigances hasardeuses.

L'échange des deux amants diaboliques tentant de se contruire dans la conquête de proies innoncentes, se fait dans un style qui renoue avec la magie du langage, sa richesse immense.
Camille et Julien s'offre leurs trophées à tour de rôle, se dictant des règles qu'ils finissent eux mêmes par transgresser, rompant ainsi le pacte d'obéissance qu'ils se doivent et qui les précipitera au drame.

Camille et Julien s'aiment certainement de cet amour honnête qu'ils entendent absolument refuter, sur lequel ils crachent à coups de trahisons immondes.
Camille et Julien se fuient en salissant les corps d'autrui pour mieux jouir en secret du leur. Camille et Julien se détestent, s'adorent, sans jamais le vivre sereinement car le jeu est le plus fort, car la puissance est l'enjeu. Rien ni personne ne parviendra à les détourner de leur quête de sens, aussi abjecte soit-elle, de leur soif d'absolu qui tutoie sans cesse le machiavélisme, de leur objectif de pouvoir sur autrui qui occulte toute humanité, qui flatte leurs égos en mal de reconnaissance, qui annihile toute empathie, qui dévaste délicieusement , qui piétinne avec désinvolture les êtres, les âmes, les coeurs.

Dans un enchevêtrement tortueux de rencontres, les deux héros se livrent à l'abomination par amour de la littérature mais beaucoup par ce besoin d'exister qui, pour eux, s'exprime dans la violence. Une haine des autres et de soi,
absolument viscérale. Surtout chez Camille, qui met en scène avec une méchanceté saisissante, deux amants maudits aux prises avec leurs démons incontrôlables.

Unis ensemble pour le meilleur et pour le pire. Jusqu'à ce que...


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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 23:07

Hier je suis allée dans un village naturiste. Je pourrais tenter de vous expliquer pourquoi mais évitons les digressions fastidieuses et inutiles. Pour résumer il y a dans l'histoire mon meilleur ami, notre intimité réciproque qui n'est désormais plus un secret pour personne et une pinède, sans mauvais jeux de mots dans le contexte. C'est  pourquoi aujourd'hui j'ai eu envie de vous parler du livre d'Arnaud Sagnard, Vous etes sur la liste? Aucun rapport avec la choucroute me direz-vous. Justement si. Car le sydrome du paradoxe étant prédominant chez moi, cette expérience de la nudité, cette plongée en pleine nature humaine comme environnementale, a eu un effet de mise en exergue de la pertinence de la branchitude comme contexte d'évolution habituel. Sans compter la véhémence très légitime d'une lectrice de passage sur le blog récemment, à ce sujet précisément.


Cette Enquête sur la tyrannie des branchés, du chef de la rubrique reportages du magazine GQ est effectivement un travail d'investigation, ce qui en tant que tel, est déjà très réjouissant si l'on regarde de près le journalisme actuel, hors magazines d'information...
Exhaustif, l'ouvrage caractérise le branché et le situe par rapport à des critères musicaux, décoratifs, géographiques, politiques, vestimentaires etc..permettant de dresser l'univers global de la branchouille.
Tout le monde en prend pour son grade: journalistes d'une certaine presse féminine, attachés de presse, producteurs, auteurs et assimilés...avec noms à l'appui svp. Arnaud Sagnard aussi, dresse une liste de délation de ses très probables ex collègues de la night, dorénavant.

Arnaud est cynique, caustique, presque rebelle. Ce sujet imposé par un éditeur paraît tout à fait judicieux si on en juge par l'engouement de la branchitude auprès d'un très large public, qui justement ne s'arrête pas aux seuls happy few qui tentent de cloisonner tant bien que mal leur univers. Essentiel aussi à analyser, si on tient compte du rejet massif qui existe également à l'égard de cette caste élitiste.
Il y a de fait, un phénomène sociétal dans l'avènement du branché, sans vouloir non plus extrapoler le phénomène et me mettre à utiliser de grands mots pour de petits maux. Justement  je nuancerais peut-être les conséquences alarmistes de l'auteur- vraisemblablement très affecté par un séjour prolongé dans la hype parisienne- sur les changements profonds que cela pourrait générer dans la société...

Tous les clichés y sont recensés: de Colette, rebaptisée Colique pour sa diarrhée de gadgets innovants aux tectoniks (à distinguer des fluokids), de Philippe Starck et Ora Ito (et de leur égotisme démesuré) à Frédéric Beigbeder, écrivain à tout faire, en passant par The Shoppings, duo désormais dérangeant qui décrie la hype alors qu'il en fait partie, des établissement Costes au magazine Tecnikart, du Citadium à la mode de la moustache..
Si on ne se fie qu'au contenu du livre on aura compris que les deux maîtres de la hype sont Pedro Winter, Dj et fondateur du label Ed Banger qui produit les Daft Punk, Justice et autres congénères du milieu electro, et André Saraiva de son patronyme, ancien graffeur reconverti surtout en machine à établissements branchés comme le Paris Paris, le Baron, l'Hotel Amour etc...

L'enquête montre que la hype, la branchitude, prisée par ses adorateurs comme avant gardisme absolu et recherche de la distinction de ses pairs, est devenue conformité. Elle a uniformisé de nombreux milieux, nouveau baromètre du bon et du mauvais goût, du in et du out. La hype est prescriptrice mais pas innovante, ni créatrice.
Si vous cherchez du conceptuel, de l'expérimental, du novateur, que vous n'êtes pas  suiveur ou wannabe, c'est du côté de l'underground qu'il faudra se tourner: les vrais défricheurs de tendances, les pionners de la création, les sources de la hype. Un autre débat. 

Si les mots Kitsuné, Cobrasnake ou Point FMR vous sont étrangers, cet ouvrage aura le mérite d'éclairer votre lanterne. Si vous vomissez la hype, il donnera de l'eau à votre moulin. Si vous en êtes, il vous confortera encore plus dans votre appartenance en vous donnant cette satisfaction personnelle d'être le sujet d'un livre et, consécration ultime, peut-être trouverez-vous votre nom en fin de livre dans la liste subjective dressée par l'auteur des branchés.

Une petite perle sous la plume d'Arnaud au passage, concernant les fulgurants jouvenceaux de NAAST en concert (célébrés par la hype comme la relève du rock français...): "La machine à remonter le temps est déréglée, les Forbans répètent dans une boutique du Comptoir des Cotonniers".


Donc comme le clamait Public Enemy: Don't believe the hype. Faites gaffe quand même, il existe des tee shirts American Apparel avec ce message sérigraphié dessus chez Original Music Shirt. Très branchés. Je vous l'ai dit, nous sommes cernés.





 

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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 21:50

Le titre à lui seul est un régal. Et quand je ne connais d'avance ni l'histoire, ni l'auteur, un titre à lui seul suffit à me faire succomber.
Je consomme les livres un peu comme les vêtements: goûlument, compulsivement, insatiablement.
Alors j'ai été relativement comblée par ce même investissement immodéré que met l'auteur dans la passion qu'elle transcrit dans ce livre.




Car l'amour aussi fait partie des domaines que je n'ai pas envie de rendre raisonnables.

Il n'y a pas de fioritures, le style est direct, dénué de détails ou de tentatives syntaxiques élaborées qui voudraient le rendre plus personnel, plus atypique.
"IL", n'a pas de nom. Et sinon ce sera JE. De toute façon la passion est nécessairement un huis clos que Sandrine Ray résume parfaitement ainsi "dès qu'il est là les contours du monde s'estompent...". Le reste n'est que le décor de la passion qui enflamme deux êtres. Dès lors, nulle raison de la détailler outre mesure. L'essentiel est contenu ailleurs, entre parenthèse de tout le reste.

Sandrine Ray dit le silence qu'il faut accepter pour garder l'autre, les excès auxquels elle s'offre imprudente pour être un peu plus avec lui, à lui, dit l'errance de l'attente, dit l'indécision qui à le fois grise et retient. Elle dit la tendresse, l'émotion derrière l'omniprésence du corps, de l'acte sexuel.

Entre Deauville, Paris, Cannes, L.A, la narratrice est la maîtresse qui accepte d'être cachée puisque c'est tout ce qu'elle pourra avoir. J'ai été très touchée par le tempérament de cette femme qui ne discute jamais d'aliéner la liberté de l'autre même si celle-ci la met elle-même à distance... qui court après la sensation d'existence comme pour donner un goût d'absolu à sa vie:
- "c'était la première fois qu'un adulte osait me dire :" Je ne suis pas capable" [...] j'avais pu, dès lors, essayer, me tromper, me perdre, mais en toutes circonstances: vivre. Je n'ai jamais oublié ce cadeau"
- "Je suis mystique. Tout ce que je fais est un quête, y compris les errances, les plongeons dans le vide... J'ai besoin de grand, de beau, d'expériences."

Une femme qui aime les hommes, qui les comprend certainement parce qu'elle leur ressemble un peu:
-" C'est le dernier homme avec qui j'ai bien dormi. Je me sentais libre. J'aimais qu'il me demande chaque fois davantage. Je suis une fille de défi. Un garçon manqué? Entre hommes on se comprend."

Une femme imparfaite et donc tellement touchante. Encore une fois dans mes lectures estivales, voici un ouvrage qui réhabilite le corps, qui redore le désir. Désir dont il ne faut pas faire une fin en soi, mais auquel il faut garder toute son importance. Le désir, tellement plus fort que la jalousie pour dire l'attachement, sa puissance. Le désir qui remplit parfois tout l'espace de l'amour sans pour autant le teinter de vulgarité.

"J'aime les hommes forts et fragiles, doux et brutaux, intelligents et idiots, drôles et désespérés. Ceux qui n'ont plus peur. L'innocence des êtres qui sont eux-mêmes." Simpliste? Quoi de plus subtil que d' être ce bon dosage d'ambivalence et non de contradiction, qui rend, d'après moi, un homme abouti...

Mon besoin d'amour est impossible à rassasier c'est se perdre pour se trouver. Se détruire pour exister. Repousser ses limites pour aimer. S'oublier pour ressentir. Puis comprendre pour avancer. Puis raconter pour continuer. Et certainement recommencer.

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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 22:11



L'amour, ou plutôt la rencontre, est aussi plurielle que ceux qui la vivent. 17 nouvelles c'était déjà un chiffre fétiche pour moi. 17 manières d'aimer maladroitement, tendrement, brutalement, passionément... 17 histoires, dont certaines que j'aurais aimé plus délayées, pour dire avec beaucoup de justesse et d'empathie, la diversité du sentiment.



De la différence d'âge, à la virtualité de l'échange, en passant par l'adultère,  l'inattendu, l'amour se lit dans les détails du quotidien parfois magiques, parfois triviaux. Un quarantenaire qui dit le soulagement de ne plus sentir le regard désapprobateur des gens sur son histoire révolue avec une jeunette... Un couple mûr qui se ressoude autour de la nouvelle de la maladie... Un coup de coeur dans un train qui redonne de la saveur au retour des vacances... Un serial lover internaute provincial à la radinerie évocative.... Un amour chaste et désespéré... La solitude... Les désillusions d'une rencontre internet, la passion de l'insaisissable... L'enfant impossible, la reconquête de la jeunesse physique... L'amitié, la maternité.... La pauvreté, l'alcoolisme.

Autant de thèmes abordés avec une délicatesse réelle et une pertinence épatante dans l'analyse d'un réel très contemporain. Serge Joncour m'avait déjà touchée par son acuité du détail et cette appréhension très juste du contexte dans son roman UV, adapté sans grand succès au cinéma. Cette récidive thématique est à point.

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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 22:52
Chaque femme a un fantasme inassouvi qui sommeille en elle secrètement.
Celui de Claire, narratrice de l'Amant inachevé, est ancré à ses 16 ans et à l'homme qui les a traversés avec elle. L'âge de l'absolu, de l'infini par excellence.
L'âge sacré des découvertes, des premières fois inoubliables, fondatrices.






Aujourd'hui Claire est une trentenaire libérée, échangiste, mère de famille qui court après le souvenir de son premier amour, en noircissant des cahiers, des mots que lui inspire depuis 16 ans cette intimité inaboutie. Pour retrouver l'essence du sentiment, la violence de la sensation, qu'elle tente en vain de s'administrer auprès d'autres corps...
Si Claire se prête au jeu du libertinage chic, c'est dans l'espoir tacite de croiser au milieu de ces corps anonymes celui qui lui apprit le désir, l'envie, sans jamais pourtant avoir pu accomplir l'acte sexuel jusqu'au bout. Claire raconte le manque, la frustration et réhabilite le monde des sens sous la plume naturelle et désinhibée de Gaëlle Guernalec-Lévy. Elle réussit pourtant à bannir toute vulgarité dans ce récit centré principalement sur le plaisir sexuel et ses déclinaisons, prenant même le risque de commencer son livre par une scène explicite de sodomie, sujet tabou s'il en est...

Ce qui évite au texte de sombrer dans le délire érotique refoulé et lubrique d'une jeune espiègle peu farouche, tient à ce qu'elle parvient à transcrire parfaitement la plénitude, le bonheur affranchi, la liberté existentielle contenus dans la réalisation physique d'un fantasme, dans la répétition de l'acte sexuel, dans la jouissance. Claire est avide du corps de celui qu'elle a tant aimé, passionnément, adolescente.C'est une réalité qui n'est pas vécue honteusement, une attente latente qu'il faut dire pour l'exorciser, une sensation qu'il faut s'approprier pour la dépasser.

En alternant dans le récit, un présent incarné par un mari complice et aimé et un passé circonscrit dans ce premier amour fougueux et insaisissable, Gaëlle finit par raccrocher les wagons de la vie dissolue de son héroïne.
Elle rabiboche les époques successives de sa vie, pour construire l'histoire idéale, l'équilibre parfait, celui de l'osmose affective et sexuelle des trois personnes concernées. D, (ou plutôt l'enigmatique Donatien, prénom prédestiné du marquis de Sade), l'Amant inachevé, trouve un peu de l'envergure qui lui manque dans l'empathie conciliante de Pierre, le mari de Claire, à l'égard des besoins de sa femme. Tandis que Pierre, le compagnon bienveillant du quotidien conforte nécessairement D. dans son statut exaltant et fantasmagorique.
Au final, un triolisme extatique très érotisant qui se solde néanmoins par une chute inattendue, saisissante de réalisme, qui dit si fort la puissance des mots, leur nécessité. Leur mensonge aussi. Au delà de l'histoire des corps.
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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 21:57


Françoise Marie Santucci est journaliste à Libération depuis 15 ans. Ce qui n’est pas la condition sinequanone au fait que ce livre soit très réussi. Mais il l’est, définitivement, en  traitant pourtant d’un sujet qui se prêterait volontiers à la vulgarisation.


Très bien écrit donc, d’abord pour le niveau de langue, la richesse du vocabulaire et le niveau stylistique, réussi aussi  parce que bien documenté, quoique, on l’apprend tardivement, l’auteur s’est heurtée à de nombreuses réticences en tenant d’accéder au mystère de l’icône Kate Moss .







On retrouve pourtant dans cette biographie, des bribes d’ interventions de la mannequin qui permettent de dresser un portrait le plus objectif possible de ce personnage public qui reste néanmoins, avec l’aide de ses proches et une stratégie de communication bien ficelée,  très privée.

La réussite du livre tient justement a cet équilibre entre la reconnaissance de la  fascination qu’elle exerce - y compris sur l’auteur sans pour autant  sombrer dans l’idolatrie absurde - et le recul qu’il faut garder sur cette star du XXI eme siècle, icône incontestable de la mode et plus largement d’une société d’images, d’apparence et de consommation.



Le livre n’ambitionne pas réellement d’apporter des réponses au mystère Kate Moss mais soulève de nombreuses interrogations, un peu à la manière d’une psychothérapie, poussant le lecteur à se poser lui-même les questions sur la pertinence de cette adoration consensuelle qui est vouée à la muse. Kate Moss  n’est peut-être qu’une écervelée,  une jeune femme avide de fêtes, de reconnaissance, d’argent ?

Une stratège certes, mais qui l’est devenue a force de rencontres et d’expériences, une fille nature plutôt simple, pas nécessairement profonde, mais après tout que lui demande-t-on ?

Délivrer des messages par procuration et tellement de messages antinomiques pour des marques si différentes les unes des autres, qu’il fallait bien qu’elle soit et reste avant tout un joli porte-manteau, ce dont elle a justement l’intelligence d’avoir conscience vraisemblablement. Savoir qu’il vaut mieux parler lorsque l’on a quelque chose d’intéressant  à dire, se construire une destinée en se préservant d’une surexposition de l’intimité d’autant plus lorsque celle-ci est de toute façon l’objet de toutes les curiosités. Ne pas être complice de son succès, le regarder de l’extérieur, devenir le personnage de sa propre vie au risque de se perdre parfois. Voila un peu de sa recette.

 

Son parcours professionnel autant que personnel est décortiqué sur 300 pages sans jamais aucune longueur, le rythme est soutenu tout comme l’est certainement celui de sa propre vie ponctuée par les fêtes et les voyages. Les amours sont passées au crible, Mario Sorrenti, Johnny Depp, Pete Doherty, Jamy Hince...Ses amitiés britanniques Stella Mc Cartney,  Alexander Mc Queen, Sadie Frost… Ses collaborations aussi en commençant par Calvin Klein puis l’interminable liste de maisons dont on sait qu’elles ont reconnu en elle une égérie parfaite. Une multiplication incontrôlée de son image dans les médias dont on apprend qu’elle suscitait une complicité moqueuse avec son amant terrible…

 


Le succès n’est peut-être qu’une question de hasard, celui d’un hall d’aéroport,  hasards heureux qui se succèdent dans sa vie, justifiés c’est indéniable par cette beauté, parfois discutable, mais toujours envoûtante, intriguante, de ce visage qu’un spécialiste a décrété parfait à force de calculs savants comme pour justifier l’injustifiable. Ce corps gracile, infantile, pourtant si sensuel, cette moue presque plus belle que ses sourires, cette nonchalance évanescente, insaisissable que les clichés emprisonnent difficilement.

Une des clés de son succès est très certainement cette faculté à rester suffisamment discrète sur les détails de qui elle est et à la fois suffisamment exposée pour nourrir l’ardeur et l’avidité de ses fans.

Plus que le parcours de Kate Moss, c’est toute une époque qui est dépeinte dans ce livre à travers la musique en filigrane dont on sent qu’elle est un élément sensible chez l’auteur.

Kate Moss est à l’image de son temps: légère, superficielle, maligne, stylée, inconséquente, désinvolte, grisante, muette, ambitieuse.



Elle est surtout l’emblème de la coolitude, une notion relativement abstraite qui consisterait à avoir l’air a la fois apprêtée et négligée, cheap et chic, bohême et classe. Un concept qui résume la quête souvent vaine de celles qu’on nomme les fashion victims et qui caractérise les filles dont on se souvient pour cette espèce de détachement impeccable qui procure une contenance, un sens, une existence.

Adeptes ou non de la brindille, cette biographie, précoce et non prématurée vue la teneur du quotidien de la trentenaire,  est une bible riche de sens, d’explications, de questionnements et d’apprentissages qui mérite largement le détour et même les éloges.

Et quoique les réponses potentielles sont nombreuses aux raisons de son succès, la question essentielle demeure et prouve le respect de l’auteur pour son sujet. Ne pas avoir la prétention de solutionner ce que Kate Moss elle-même s’évertue à garder secret, ce qu’elle protège, ce mystère, ce mutisme qui sont les bases mêmes de son succès. On imagine les frustrations de celle qui se serait volontiers vue rock star, la pression d’un monde dont le regard est tourné en permanence vers elle, épiant le moindre faux pas, pour savoir s’il faut continuer à l’adorer ou commencer à la blâmer. Il en est ainsi avec les idoles, on finit toujours par vouloir les sacrifier.

 


Comment Kate Moss a-t-elle pu arriver à un tel statut de reconnaissance, d’avènement, malgré les déroutes, les déviances, les excès ?  Ce sont justement elles qui fondent l’affection ou le rejet qu’elle génère chez ses pairs et qui contribuent, quoiqu’il en soit, à sa notoriété, à alimenter le mythe. Sans failles pas de rédemption, sans faiblesses pas d’humanité.

Ne venez pas chercher dans ce livre des conseils pour copier son look, simplement quelques photos au cœur du livre pour montrer l’évolution de son personnage. Il est plutôt question d’une trajectoire humaine. Une trajectoire idyllique mais pas idéale, fulgurante mais certainement pas éphémère.

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 22:10

Il attire forcément l’attention avec sa couverture noire écriture blanche. Sobre, efficace, percutante.

Moi  je l’ai croisé en allant prendre mon train pour les vacances.

Rockstar le roman d’Alexandra Julhiet édité chez Robert Laffont est un hymne au credo « sex drugs and rock’n’roll », qui sonne comme un refrain sur fond de guitare tout au long du livre.

Au programme grandiloquence, excès et déviances. L’héroïne du livre, et dans ce cas de figure héroïne est a double sens, fait honneur à tout ce qu’on peut imaginer du cliché de la rock star : elle est odieuse, cynique, dévastée.

 

 

La soixantaine bien sonnée, elle serait un croisement entre Patti Smith et Blondie. Une icône déchue marquée par les années de star system qui s’apprête à faire son grand retour sous les feux de la rampe.

Je dirais que ce qui plaît le plus dans le livre ce ne sont pas les paroles mais plutôt la musique.

Les mots ne relèvent pas d’un style très symptomatique ou riche mais le ton est diablement irrévérencieux, sans condescendance. Aussi noire que sa couverture, la plume n’a aucune complaisance avec son héroïne décriée et c’est tant mieux. Car la malmener en la montrant détestable humainement sans tentation de la rendre accessible, ça c’est rock’n’roll !

Elle égraine les stéréotypes du genre avec application au point de se demander si cette emphase des excès décrits n’est pas purement fictive. Et alors ? Qui a dit que la plume n’avait pas le droit de laisser libre cours à son imagination.

Ce n’est pas tellement le suspens qui retiendra l’attention mais plutôt la descente aux enfers de Liza le  personnage principal, son portrait cinglant, son caractère obscur forcément attirant, intriguant montré sans fioritures ni atténuations.  Ses délires de toxicomane et d’alcoolo se mélangent avec la possibilité d’horreurs vraisemblables  qui sont le nœud de l’intrigue. Un revenant du passé plutôt pervers, un futur auquel on peut quand même un peu  s’attacher, un voyage  houleux entre Londres et New York capitales du rock par excellence.

Ce n’est pas tant qu’on ait envie de connaître la fin et de savoir qui est responsable des agressions physiques ou psychologiques que subit Liza mais en revanche on a envie de savoir jusqu’où elle va pouvoir descendre dans sa folie, son errance et son auto-destruction.

Il y a un côté voyeuriste à la lecture de ces lignes de vie d’une rockstar, l’envers du décor d’un quotidien particulièrement trash qui peut rappeler, s’il faut vraiment trouver un message, qu’être une star n’est pas une sinécure, mais plutôt une de désintox, comme nous le rappelle fréquemment nos idoles abonnées à la « rehab ».

Chers messieurs  Bowie ou Rolling Stones, ce livre nous rapproche de vous …

Liza c’est un peu notre Pete Doherty version féminine carte vermeil.

Il ne s’agit pas d’une grande œuvre littéraire mais en revanche on imagine très bien une adaptation cinématographique des scènes que l’on projette aisément en images. Guillaume C. si tu m’entends… !

Iconoclastes et esthètes,  ce petit pavé noir et blanc taché du rouge sang de la furie d’une rockstar, sera du plus bel effet sur un coin de serviette cet été….

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Published by Laure - dans Les mots
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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 20:17
Oui d'accord j'exagère vraiment de commencer cette rubrique censée parler de littérature par un livre parlant de mode. Totalement antithétique me direz-vous.
Et bien oui et non.
Car lorsque l'on parle d'écriture, on parle souvent de romanesque. Et dans le "Merci Karl" d'Arnaud il y en a.
Alors pas du romanesque au sens de fictif car il s'agit bien de faits réels. Mais plutôt au sens où tout ce qui touche de près ou de loin Monsieur Karl a toujours l'air d'être inventé car souvent grandiloquent.
La destinée de certaines personnes ne souffre pas la médiocrité.
C'est pourquoi monsieur Lagerfeld s'emploie certainement à faire de sa vie une histoire d'élégance extrême et d'exigences paroxystiques.


J'ai eu la chance de rencontrer Arnaud il y a quelques années alors qu'il avait quitté Karl depuis peu. Je l'ignorais alors et ce qui m'a frappée c'est la lucidité qu'il a sur le métier de la mode, sa prestance naturelle, un regard franc et droit qui n'est absolument pas gâché par son physique et un regard bienveillant et perspicace sur les autres.

J'en ai donc conclu que pour travailler 15 ans auprès de monsieur Lagerfeld il ne suffit pas d'être une belle tête mais une tête bien remplie, qu'il ne s'agit pas d'être contemplatif du maître mais de tenter d'être à la hauteur de ses aspirations.

Ce livre qui raconte sans fioritures, ni prétentions artistiques ou autres le trajet d'un jeune garçon "normal" qui se retrouve dans le sillage aussi grisant qu'oppressant d'un maître de la mode, est une jolie fable dont la morale tendrait à montrer qu'il faut à la fois aimer  intimement la mode pour y sacrifier autant et savoir la fuir quand elle vous demande trop.

Ce métier est un piège à rêves, ceux de jeunes gens émerveillés par le style, le glamour, le luxe dans lequel on ne se perd pas que si on sait accepter de rompre le rêve quand il devient cauchemar.
C'est ce qu'Arnaud a su faire, certainement au péril de sa propre carrière mais avec l'audace de croire à ses propres rêves et de ne pas les oublier au profit de ceux d'un autre.
Alors moi je dis merci Arnaud car il faut bien parfois des gens de conviction, humains qui réconcilient avec nos idéaux dans un milieu où l'authenticité est parfois trop rare.

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