Décibels

Mercredi 4 novembre 2009
Comme tous les mois, descente à la Fnac et achetage de CDs variés pour faire vivre les artistes (ceci est un message subliminal contre le téléchargement illégal...)

BENJAMIN BIOLAY / LA SUPERBE



Soyons très clair, je suis amoureuse de ce mec. Donc forcément cette critique sera tout sauf objective. J’aime les hommes « canailles », ceux qui ont eu un peu mal du côté du cœur, qui ne sont pas tout à fait clean, qui marchent le long du précipice et qui en sortent quelque chose de très très beau. J’aime ceux qui utilisent des mots a priori ringards pour parler de sentiments absolus. Alors oui j’aime Benjamin Biolay, superbe exactement comme le titre de son album. Avec sa voix ténébreuse enveloppante, son orchestration sublime, ses textes émouvants pas larmoyants. Et j’aime la Superbe, un double Cd comme seul des labels ambitieux comme Naïve peuvent sortir au prix d’un seul. Bravo et merci.


MUSE / THE RESISTANCE


Oui, j’ai écouté Europe et son tube planétaire et j’ai écouté Queen et placardé les posters de Freddy Mercury dans ma chambre d’ado. Mais jamais, ô grand jamais je n’aurais voulu écouté le dernier album de Muse si j’avais su qu’il s’agissait d’un mix douteux de ces deux groupes phares des 80’s. J’ai été bouleversée par des titres comme Blackout, émue par Unintended, grisée par Hysteria... échaudée par Black Holes and Revelations... et logiquement abattue par leur dernier album donc, The Resistance. Un grand ouf à l’écoute de Exogenesis Symphonie part 2 ( Cross-Pollination) ou comment trouver un nom de chanson indigeste cela dit. Il y a là les symptômes rassurants de Muse, des envolées lyriques, du rock (entre deux niaiseries pop heureusement) en mode piano, de la voix pénétrante. Album construit comme un opéra rock... oui certes, c'est aussi ce qu'on dit du spectacle sur Mozart créé par Dove Attia...



THE DEAD WEATHER/ HOREHOUND




Peut-on décemment faire de la m.... quand on a dans son groupe Alison Mosshart (des Kills) au chant, Dean Fertita (de Queens of the Stone Age) à la guitare, Jack Lawrence (des Raconteurs) à la basse, et Jack White (des White Stripes) à la batterie? (également fondateur du label qui produit donc ici son premier opus absolument réussi, Horehound). Bah non on ne peut pas, et on ne le fait pas d'ailleurs. Je n’avais pas aimé du tout the Kills, en revanche la pêche de Queens of the Stone Age, et le dark un peu massif des Whites Stripes avaient déjà eu raison de moi. Un album nimbé de poussière cradingue qui ressemble de vachement près au vrai rock... Avec la colère d’une Janis Joplin, la noirceur des Doors et un grain de Joan Jett. Une rythmique bien lourde, un son brut, un peu sourd, presque cacophonique parfois. On se croirait spectateur d’un bœuf improvisé qui tourne au miracle. The Dead Weather me réconcilient donc avec les groupes de rock en The.

Par Laure
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Mercredi 15 juillet 2009

Depuis que le téléchargement est devenu illégal, je redécouvre le plaisir de l’album, de la plongée en plein cœur d’un univers, d’une voix, de mélodies qui construisent une identité musicale.
Je redécouvre le plaisir de payer leur dû aux artistes qui nous permettent quand même de vivre un voyage auditif fantastique, bien plus fort que celui que permet la consommation par bribes des sites pirates...

Voici donc quelques unes de mes perles de l’été :

 

NOISETTES : un album éclectique pour un trendy listening qui occupera très bien la platine cet été.

 


 

TORI AMOS : une folk un peu plus conventionnelle, un peu plus consensuelle que d’habitude, mais comment faire défaut à ma muse...!!!! Celle « que j’aurais aimé être dans une autre vie », à ses envolées lyriques et son piano envoûtant même si les tourments de la belle rousse se trouvent un peu bridés par une sagesse inédite ce coup-ci .

 


 

SONIC YOUTH : le groupe phare des années 90 renoue avec le son un peu déglingué de l’époque, avec la voix emblématique de Kim Gordon qui fera le bonheur des aficionados sans pour autant faire des merveilles, soyons honnête. Un juste retour des choses et c’est déjà très bien.

 


REGINA SPEKTOR : quand Télérama affiche ses 3 F, généralement je m’incline. Première écoute à la borne, embarquement immédiat. Une pianiste à voix aigüe qui s’inscrit dans la lignée de ses consoeurs Sarah Bettens, Fiona Apple, Yaël Naïm ou Sia pour de douces mélodies enveloppantes qui opèrent sans difficulté. Il n’y a pas de méga créativité, il y a simplement du plaisir un peu nostalgique qui fera parfaitement l’affaire des souvenirs de vacances émus!

 

EELS : une voix suave et ténébreuse sur des arrangements un peu abîmés, EEls transporte toujours cette obscure mélancolie complaisante dans laquelle on aime s’enfermer. Des sons saturés, du rock, c’est bon, ce n’est plus seulement triste, c’est consistant. Et parfois c’est même caressant... Ou décapant.

 


 

NAIVE NEW BEATERS : "ma" fière découverte de ce début d’année!! Un trio français déjanté qui fait une musique inclassable et que nous avions interviewé pour le magazine Mode Opératoire. Un son résolument nouveau contrairement à leur touche vestimentaire top ringarde (comble de la branchitude disons le bien...).  Dynamique, revigorant, estival, festif.

 

Quelques déceptions au passage :

 

DEPECHE MODE : non ce n’est pas l’album réussi de la maturité... Avec tout l’amour que je porte au groupe, c’est plutôt l’album impuissant d’un groupe légendaire aux plaisirs affadis de sonorités familières qui ne renouent jamais avec la puissance d’antan. C'est dur, c'est dur... Mais c'est toujours comme ça quand on a écrit des morceaux inoubliables: barre trop haute, sanction sévère.

THE KILLS : j’avais laissé sa chance à Pete Doherty qui avait relevé le défi haut la main. J’ai donc voulu croire en Mister Moss number two. Comme quoi il faut bien se méfier des groupes anglais en The…

STUCK IN THE SOUND : la relève troisième millénaire du grunge ? Qu’on me rende tout de suite Nirvana, Pearl Jam et Alice in Chains. C’est sale oui, mais ce n’est pas émotif.

REVOLVER ou PHOENIX : trop convenus, trop simplistes, annoncés comme des révélations ou retours gagnants, ce sont surtout de gentilles compos qui laissent impassible.

 

 

Par Laure
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Mercredi 8 avril 2009



Cher Pete, ou plutôt Peter, sorry darling… Tu l’as pas volé ton « r » de maturité j’avoue... Je me refusais totalement à céder à toi, dandy décadent tellement cliché, qui se tape que des it girls britanniques. Trop facile, trop évident. La faute à Bat For Lashes qui m’a attirée jusqu’à la Fnac ce lundi pour la sortie du deuxième album. Et là, sur la borne d’écoute, tu m’attendais tranquillement avec Grace/Wastelands.

Aux premières notes de la deuxième mélodie Last of the English Roses, je succombe. Elle est belle ta voix qui se pose, avec quelques réminiscences de tes cris d’ancien déluré dans le timbre.  Ils envoûtent comme il faut tes arrangements, ta guitare que tu gratouilles, ok, ok, la midinette qui sommeille en moi veut bien transiger deux secondes pour un sourire en coin, en se laissant bercer par tes balades, rockeur...

Oublié ton teint blafard et tes chicos pourris qui ont pu remettre sérieusement en question les goûts de Miss Kate en matière de keums. Le charme opère, oui, oui, oui.

C’est tantôt country ringard, à la limite du road trip sur la route 66. Un coup d’Harmonica et de guitare folk avec ce timbre à la The Virgins et là, effet immédiat : grand pré vert sous la bruine, marguerite entre les dents. Je voyage, je m’évade. Gagné. Surprise à tous les étages : accords à la Keziah Jones, claviers bluesy,  jolie mélancolie teintée de rock retenu, sample à la Gainsbarre un peu décadent. C’est lancinant, c’est délicat, comme une valse qui emporte dans son tourbillon. Les entrées en matière sont toujours délicieuses… Et là je me dis que si, si, peut être derrière tes yeux de jais cerclés, ton chapeau vissé, il y aurait bien un mec talentueux qui n’a pas fait qu’érotiser les soi-disant rockeuses de l’époque Libertines ou Babyshambles. Il se pourrait bien aussi qu’il y ait un type capable d’emballer leurs grandes sœurs avec ce petit bijou ténébreux et poétique.

Peter, Peter, ça faisait longtemps qu’un garçon n’avait pas caressé la corde sensible….

Thanx honey...

Par Laure
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Jeudi 19 février 2009

Deux salles, deux ambiances. Non je ne vous fais pas l’article du Macumba Night. Juste le résumé de deux soirées, deux concerts, aussi différents que réussis. De deux lieux chacun dans leur style.

 


MARDI 10 FEVRIER 2009 : TRUSKEL / BOURSE/ EDWARD BARROW


Le Truskel c’est le rendez-vous de la capitale où tout bon rockeur se doit d’avoir trinqué avec sa pinte, englué dans la foule des soirs d’affluence. Toujours bondé, toujours fréquenté par les pop rockeux qui se font de plus en plus nombreux depuis quelques années que le rock est devenu une mode, le Truskel est aussi une mini scène de concerts pourtant très courus. Ce mardi, c’est donc Edward Barrow, trentenaire ténébreux qui se produit avec son combo d’un guitariste et un clavier.

Si le physique du jeune homme ne gâche rien au spectacle, c’est surtout sa voix délicate et cette mélancolie si bien mise en musique qui l’emporte. Sans artifices scéniques, mais avec la maestria d’un compositeur talentueux, l’envoûtement opère et l’on comprend que mélodie et sobriété ne riment pas nécessairement avec tristesse .



http://musique.france2.fr/actu/51479118-fr.php

 

JEUDI 12 FEVRIER : SOCIAL CLUB / SENTIER /SPA



Dès 22h c’est la cohue devant ce Tryptique ressucité en Social Club de la jeunesse parisienne branchée roots. La star de la soirée c’est Steve Aoki, DJ californien que l’on attend comme le messie. Mais la surprise viendra dès minuit avec SPA, récemment signé par le DJ sur son label DIM MAK. Electro agressive absolument efficace, le son de SPA et de son dj Fuzz fait suinter les murs de la salle. Une moiteur compulsive agite les amateurs qui se régalent de cette mise en bouche à la hauteur des promesses d’un teaser bien ficelé annonçant la sortie de Pets Dance. En milieu de mix, le titre tout juste sorti achève le travail de transe. Derrière une scène éclairée par des néons épileptiques on murmure que «  le mec a assuré ».

Et c’est vrai qu’à voir une salle pleine  à craquer se lâcher totalement, on peut jurer que SPA a de beaux jours devant lui.

Pets Dance, le 24 février en digital & CD



www.facebook.com/pages/SPA/

www.myspace.com/sparemix


Après de telles  prestations, on se dit que le 2 ème arrondissement est un vivier musical à n’en pas douter…

 

Par Laure
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Lundi 29 décembre 2008



I POD NANO

HOUSSE PYTHON FREE LANCE

CASQUE PANASONIC RP -HTX7



Tu es si petit, si doux… Tu glisses sous mes doigts et t’illumines quand je m’occupe de toi.


Dedans toi, je mets tout ce que je veux. Tu me fais sourire, danser, chanter, vibrer, pleurer. Tu attends avec moi, tu rends la vie plus belle, tu ne m’encombres jamais, tu te faufiles partout. Toi, I pod. Objet de mon cœur, que j’aime de l’amour.


Mon papa Noël t’a amené jusqu’à moi et depuis nous ne nous quittons plus. Dans la rue, dans le lit, en faisant la vaisselle, en attendant le métro. Tes capacités sont intarissables et je sens qu’il va falloir longtemps avant que je vienne à bout de toi….Et j’aime ça.


Et je vois bien que tu m'aimes aussi depuis que je t’ai branché un joli casque et glissé dans ta housse en python... Il en faut peu pour être heureux.


NDLR : ce billet n’a été écrit sous l’emprise d’aucune substance illicite.


Merci aux deux hommes de ma vie, frère et père, pour leur contribution à mes délires auditifs.


Playlist :

LADYHAWKE – MAGIC

SANTOGOLD – L.E.S ARTISTES

THE VIRGINS – SHE’S EXPENSIVE

THE GOSSIP – LISTEN UP!

ADAM KEYSHER – WHERE IS MY PLACE

BECK – THINK I'M IN LOVE

METRONOMY – HOLIDAY

MY BLODDY VALENTINE – ONLY SHALLOW

STEREO TOTAL – JOE LE TAXI

PONI HAOX – ANTIBODIES

ROISIN MURPHY- TELL EVERYBODY




Par Laure
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Dimanche 9 novembre 2008

La new wave, et sa déclinaison paroxystique la cold wave, déversent leur vague de froide mélancolie sur la littérature et le cinéma.

On ne compte plus les biopics récents en tous genres qui s’attaquent aux destins de ceux qui ont marqué leur époque : Coluche et son tapage médiatique de pré -sortie, Piaf et sa Cotillard oscarisée, Mesrine ou l’éloge posthume d’un bandit starisé, Ray Charles et son doigté aveugle légendaire…Et il y a plus d’un an, le saisissant Control qui faisant jaser le festival de Cannes, retraçant le parcours du groupe anglais Joy Division mais surtout de son défunt chanteur et leader Ian Curtis.



Dire que le film m’a plu est un euphémisme. Je ne connaissais que les mélodies lancinantes et la voix gravement ténébreuse de son chanteur. Découvrir sa vie sentimentale - car c’est surtout le propos de ce film d’après moi - donne une dimension absolument inédite à sa musique. Ce quelque chose de foncièrement chaleureux qui pourrait logiquement faire défaut à la cold wave et qui se loge quelque part entre un romantisme exacerbé et des émotions absolues. Tous deux ingrédients majeurs de l’existence de Ian Curtis, suicidé par pendaison à 23 ans dans la cuisine de son appartement de jeune père dépressif, à la veille de son départ pour une tournée certainement triomphale aux USA...


extrait du film


L’interprétation du brillantissime Sam Riley est blufante. A y regarder de près, il pourrait certes tout aussi bien jouer un Pete Doherty névrosé et défoncé. Mais en l’occurrence le mimétisme de sa gestuelle et cette espèce de nonchalance fantomatique qu’il emprunte à Ian Curtis, sont confondantes de similitudes. Ian Curtis est un exalté sombre qui est la première victime de son inadéquation à ses rêves. Se marier, être père, être un artiste reconnu : tels sont les objectifs qu’atteint Ian, comme à son insu, mais qui finissent par devenir les fardeaux d’une vie plus subie que vécue.

 


portrait de Ian Curtis


Impossible de ne pas songer à Kurt Cobain et à son rejet d’une renommée dont il ne savait que faire et qui fut pourtant la sacralisation la plus légitime à laquelle aspire généralement un artiste….Impossible de ne pas se dire que nos idéaux se transforment parfois en nos pires ennemis… Impossible de ne pas songer que certains êtres sont nés pour n’être jamais en phase avec leur vie…Impossible de ne pas être touchée par l’injustice de la maladie, de l’épilepsie de Ian Curtis qui est comme une condamnation irréductible à vivre dans l’angoisse des crises, dans la marginalité d’une existence que l’on ne domine pas vraiment… Qui contraint ce grand corps qui semble avoir déjà tellement de mal à trouver une place adéquate dans l’espace, à convulser au rythme de ses peurs, de ses désillusions. Une danse saccadée que sa victime désespérée porta sur scène, comme une manière de conjurer le sort en le transformant en un style…


extrait du film


Les séquences de cette vie, que l’on sent mue par une solitude extrême même si l’on ignore encore le destin tragique de son chanteur, se construisent autour des textes de Ian. Des textes qui disent explicitement la maîtrise qu’il perd de sa propre vie, de son propre corps. Qui disent l’amour qui s’évanouit. La déchirure d’être à trois, là où le coeur n’a de place que pour deux. Qui disent une forme de résignation, qui disent déjà que Ian Curtis abdique et que finalement sa mort décidée n’est que l’aboutissement prévisible de sa vision désabusée de la vie.


extrait du film


Tourné en noir et blanc, ce film d’Anton Corbjin est d’un esthétisme impeccable. L’absence de couleurs y tutoie avec évidence le manichéisme inhérent aux mythes : Live fast and die young. Sans autre alternative.

 

Deuxième pioche dans la veine de la New Wave : le livre éponyme sorti chez Flammarion parmi les centaines de romans que compte la rentrée littéraire française chaque année. Est-ce de l’avoir lu après avoir vu Control, qui évoque donc le même courant musical avec tant de brio, qui m’a laissée sur ma fin ?



New Wave est une sorte de libre interprétation d’un téléfilm de Gaël Morel revisité par l’auteur Ariel Kenig. Et il manque justement à une écriture propre mais sans passion, des images qui donneraient de la matière au contenu. Une amitié adolescente à sens unique sur fond musical. L’idée que j’ai aimé, car elle fait partie de celles que j’aimerais mettre en œuvre un jour : proposer une playlist relative aux différents chapitres du livre. Ou comment lire en écoutant la musique qui diffuse l’ambiance que l’on ne saurait retranscrire par les mots. Sorti de cela, point de climax dans cette histoire de fascination aux accents tragiques. C’est bien le froid de la new wave qui souffle sur ces deux destins parallèles de jeunes garçons, en proie à une forme d’ennui fédérateur que la musique pourrait guérir…

 

Deux vagues de froid dont l’une étreint les tripes et l’autre laisse de glace…

Par Laure
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Mercredi 11 juin 2008
Thom Yorke porte des pantalons rouge…D’aucun y verrait la fin d’une époque ténébreuse propre à l’idée que l’on pourrait se faire du chanteur œil mi-clos/tourmenté. Trêve de considérations modeuses - qui en disent long sur ma déformation professionnelle je l’auto-note - Radiohead était là où on pouvait l’attendre, et même plus, en ce 10 juin à Paris Bercy.
Dans une énergie qui n’a rien à voir avec de la happy music, mais qui a oublié toute la pesanteur de la mélancolie.







En première partie, mais quasiment éludé, Bat For Lashes, le groupe ami de Radiohead. A la nouvelle de leur présence mon sang ne fait qu’un tour, tant j’adore la fantasmagorie de leur univers et la sensualité de la voix de sa chanteuse.
Arrivée à 20 h, heure affichée du concert, après jetage de tout bouchon de bouteille à l'entrée suivi de fouillage des sacs et scannage des places; ils ont déjà commencé sans moi et j’entends dans les couloirs le refrain d’une chanson que j’adore.
La salle est plongée dans l’obscurité la plus totale et déjà bondée presque jusqu’en haut des gradins. Une question pratique me vient à l'esprit : mais où va-t-on donc empiler toutes les personnes que je viens de voir dehors….

Assise face à la scène malgré tout, mon amie et voisine de rang enceinte de 8 mois, me paraît d’autant plus présente que Thom Yorke m’apparaît en vraiment très petit ! Cela dit je salue le mérite de mon amie qui supporte en gesticulant son ventre rond sur la chaise, les riffs assourdissants du groupe et ce, jusqu’au bout. Radiohead compte de vrais fans tout de même…



On le sait dorénavant, Radiohead est impliqué dans la lutte pour la protection de l’environnement. Après avoir fait rouler à vélos les journalistes pour venir se fournir en places de concert auprès de la maison de disques, privilégié le train et le bateau pour leur tournée, prôné le co-voiturage pour les fans se rendant au concert, le groupe nous rhabille en tee shirts recyclés qui ont ce petit air de vintage, qui va bien quand même…

Effets de lumières hypnotisantes traduisant en rythme la magie ou le dynamisme des mélodies. Un show bien rodé avec un staff sur-rapide qui réapprovisionne le groupe en instruments différents, quasiment entre chaque chanson. Des rappels, deux, scellés par le retour des lumières, explicite, et une bande son inappropriée qui signifient que le spectacle est fini. Déjà.
Pourtant au final deux bonnes heures que le groupe se donne, tantôt avec parcimonie, tantôt avec emphase, à ses fans français, en faisant même l’effort de la langue.



Le grand regret demeure l’absence de titres supplémentaires de Ok Computer, album légendaire et mythique du groupe, que la salle espérait certainement entonner en cœur. A en juger par le mouvement de soulèvement émotionnel du public aux premières notes de Karma Police, on ne peut que se lamenter de ne pas avoir eu droit aux petites merveilles de la veille, telles que Exit ou Paranoïd Androïd.
Heureusement sur la playlist mon orgasme auditif de ces derniers mois Nude, House of Cards, Reckoner, la lancinante et délicieuse Videotape, des nouveautés à découvrir sur le site internet du groupe…

Dans la fosse ça gigote gentiment, avec des petites pointes d’énervement tempérées par un Thom Yorke bienveillant. Le public de Radiohead a vieilli, en moyenne trentenaire, assez hétéroclite et plutôt sage. Les briquets ont été remplacés par le scintillement électronique des portables en train de filmer la scène, quoique quelques cigarettes honteuses soient trahies par des nuages de fumée épars. Dorénavant les idoles du rock ont des noms qui commencent en « The » que voulez-vous…
Par Laure
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Mercredi 4 juin 2008





Non Scarlett n’est pas un homme. La voix ténébreuse et enveloppante de « Anywhere I lay my head »   est bien celle de la bim-bobo starlette de Woody Allen et consoeurs.





Inattendue, envoûtante. Une pochette qui évoque l’univers de Nick Cave, qui invoque celui de Tom Waits, forcément ce sont des reprises de l’artiste tourmenté inclassable, qui transporte dans une ambiance d’un autre temps, accentuée par les orgues, une ambiance qui n’est pour autant pas dénuée de modernité, avec les chœurs de David Bowie comme ponctuation légendaire de ces mélodies nonchalantes.

 

Je ne l’invente pas mais de fait il y un peu de Sonic Youth mélangé à Cocteau Twins dans cette ambiance unique où l’on imagine scénographiquement la belle aux lèvres généreuses dans un abandon langoureux et suave. Cette voix sourde la rend même élégante et crédible, si besoin...

 


Elle n’a pas une grande voix, il n’y a pas d’envolées lyriques, mais du mysticisme dans son approche dépouillée de ce musicien pas forcément si connu du grand public.

Sa voix très grave reste en retrait derrière les instruments et rappelle, dans un tout autre style, le petit filet de voix d’une certaine fille Gainsbourg qui n’a pas eu besoin de pousser la note très haut pour livrer un album idéal.

 

Ici c’est un univers qui va toucher, une approche sensible et artistique de la musique.

 


Scarlett est la féminité incarnée mais cette ambivalence avec sa voix de garçonnet en train de muer est une injustice supplémentaire de la nature, qui crée cet équilibre parfait sans lequel la poupée hollywoodienne passerait probablement pour une odieuse usurpatrice écervelée.

 

Les rythmes lancinants embarquent dans un voyage onirique où Scarlett sorte d’Alice aux pays des merveilles vous accompagnera délicatement.

Par Laure
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Mercredi 7 mai 2008



Ça y est le grand plongeon dix ans an arrière a eu lieu.

Zenith, 6 mai, 20h, Portishead.

Première partie métal ratée… Ambiance groupe de jeun’s qui révisent dans sa cave, inspiration Métallica, riffs répétitifs sans âme.

Bref, Beth et ses petits amis se font attendre jusque 21h passées.




Ouverture sur le nouvel album, plus brut, plus indus mais ils sont là devant nous, tels quels, tout de noir vêtu.  Puis viennent les mélodies des deux albums précédents Dummy et Portishead, qui  s’intercalent entre les nouveautés de Third.


Le public trentenaire se régale. La scène sobre projette des images de la chanteuse grande brindille voûtée, repliée sur cette voix envoûtante et puissante à souhait. La voix est juste, les morceaux aussi, terriblement fidèles aux albums avec ce petit plus live, quelques variantes de son et la voix qui s’envole, surprenante aux détours de notes hautes perchées qui s’insinuent délicieusement.

Wandering Star version minimaliste, Glory Box et son refrain bien ancré, Over prenante, obsédante.

La magie opère jusqu’ à  Roads, balade nostalgique qui me replonge dans mes 15 ans, déjà si longtemps , elle n’a pas pris une ride, elle. Le canal lacrymal se manifeste discrètement  mais quand même il n’y a que Bet Gibbons pour remuer ainsi les tripes l’air de rien.




















L’équilibre est parfait entre énergie et douceur. Les scratchs de Geoff Barrow  font taper du pied avec une certaine envie de se lever de son siège.

Dans la file pour aller au concert on demande à quelqu’un quel style musical ce soir. Il répond rock transe. Indéfinissable donc Portishead, il y a bien le rock des guitares, le lyrisme de la voix de Beth, le hip hop des platines, le trip hop des bruitages environnants, l’électro de l’influence plus noise nouvelle.

Fin du seul rappel qu’ils concèdent, Beth descend devant le premier rang serrer la pince à ses fidèles, humaine, disponible, jeune femme de la campagne nature et simple qu’elle demeure dans sa bulle hors médias toujours. On aime Portishead pour le vrai plaisir de la musique, pour l’émotion de ce timbre caressant qui se laisse porter par la force parfois et emporte dans son sillage irrémédiablement.

Le Zenith souffre un peu de sa mauvaise acoustique malgré tout dommage et les gadgets téléphoniques vidéos ont eu leur heure de gloire, tâches de lumière éparses dans la fosse sage.

Ils sont classes les gars de Bristol qui ont attendu 10 ans avant de refaire le bonheur de fans patients, avant de retrouver l’inspiration et l’envie de la scène sincères. Et bien ça valait le coup, la patience paye. Ce soir le voyage a été trop bref, une heure et demie quand même, mais qu’il fut bon…

 

 

 

Par Laure
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Vendredi 18 avril 2008
    J'aime les filles. Celles qui chantent avec cette sensualité, cette majesté, cette simplicité et cette désinvolture qui fait la classe des grands artistes.


J'aime la douceur de Beth Gibbons (chanteuse de Portishead). Son timbre larmoyant qui appuie sur mélancolie dès que les notes s'échappent.
Sa justesse qui n'est jamais ennuyante pour autant, l'aigue de sa voix angélique qui suscite tant de gravité.
Son attitude nonchalante, minimaliste qui rend à la composition tout son mérite.
La palette d'émotions qu'elle décline au fil de mélodies tendres ou affirmées.




J'aime le country moderne de Chan Marshall alias Cat Power. Son glamour inhérent, cette voix qui se casse juste un peu sans s'embarrasser de vibrato inutile. Sa rock'n roll attitude de fille qui balade ses jolies yeux eye linés et sa frange inusable sur des morceaux pas forcément ambitieux mais authentiques.



J'aime le bjorkisme de Brisa Roché, froide beauté à la voix  au timbre texan légèrement nasillard et usé.


J'aime l'univers enfantin des soeurs Coco Rosie, ponctué de sonneries de vélos, de bruits de la nature et de bizarreries féériques.
Leur look improbable qui les rend reconnaissables entre 1000.
Le sentiment de régression rassurant qui gagne à mesure que les sons se suivent et créent une passerelle vers l'insouciance.





J'aime la voix qui sature d' Olivia de The Do, notre duo francophone qui fait plaisir aux tympans avec son folk, hip hop, rock, country non élitiste. Toujours un peu sur le fil, en force parfois, à la limite de la brisure, comme les imparfaits de Régine Chassagne la canadienne de la team déjantée d'Arcade Fire. Cette fragilité touchante qui va de pair avec son physique de poupée de porcelaine déglinguée.



J'aime les dissonances de Natasha Kan de Bat For Lashes, l'ambiance fantasmagorique des rythmes lancinants qu'elle accompagne de sa voix suave et envoûtante.
Et comme dirait Thom Yorke, je deviendrais bien aussi un loup pour cadrer dans le paysage et m'y fondre.

Alors là je sens poindre en moi le "girl power", cette espèce de fierté crétine et discriminatoire pour mes semblables. Mais pour le coup, allez, je m'octroie le droit d'une crise de féminisme car c'est pas tous les jours que ça risque de m'arriver...

Par Laure
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