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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 21:43

 

martine-rp.jpg

 

L’attachée de presse aime le name dropping,  faire du shopping, participer à la semaine du fooding, aller se faire le soir un footing, se prendre pour Catherine Baba et dire que c’est « amaaaazing daaaarling », envoyer des e mailings, se coller à son phoning. Elle aime faire des choses en –ing, des choses tellement moins boring…

L’attachée de presse pige les magazines. Mais pas qu’au bureau. En vacances aux Bahamas, à Courch’ en bas d’une piste, ou à Palavas mais pas au camping, partout l’attachée presse traque la parution. Son sac baluchon dans le Elle, sa paire de baskets dans le Grazia, son top à paillettes dans le Glamour. Les maisons de la presse sont des refuges, des repères rassurants où il fait bon compulser les journaux, pousser des haaaaa, des yesss, des ouiiii en découvrant ce qu’elle sait pourtant qu’elle va forcément y trouver. Car l’attachée de presse sait où et quand aura lieu sa parution. Mais même l’autre bout du monde, les vacances, l’être aimé, les enfants, les amis ne la détourneront du droit chemin. Celui qui mène à la parution, le produit de son client marqué à l’encre indélébile sur le papier glacé. Amen.

L’attachée de presse ne connaît pas les soldes. Elle connaît les ventes privées, les ventes presse, les ventes à domicile, les promotions spéciales. Elle reçoit 50 mails en novembre et en mai, 20 cartons d’invitations en parallèle pour acheter à prix réduits ce que les autres payent le plus souvent à prix forts. Injustice, favoritisme ? L’attachée de presse n’a que faire de l’équilibre des forces lorsqu’elle en phase d’achat. Rien ni personne ne l’empêchera de faire son heure de queue pour rentrer chez Louboutin en ventes presse, de traverser Paris à l’heure du dej’ pour aller chez la Marant, de cramer toutes ses économies en moins d’une demie heure dans les boutiques de quartier qui font des ristournes avant l’heure. Du coup l’attachée presse trouve inadmissible que sa salade lui coûte 5 euros au super marché alors qu’elle vient d’en dépenser seulement 200 dans un sac de marque qui en valait pourtant 700 au départ. Monde cruel.

L’attachée de presse connaît des maquilleurs, des mannequins, des coiffeurs, des réalisateurs, des graphistes, des photographes, des designers, des webmasters, des D.A, des journalistes, des stylistes, des comédiens, des chanteuses, des djs, des traiteurs, des scénographes, des  videurs, des vendeuses, des serveurs, des créateurs, des communiquants, des marketeux... Simplement parce qu’au moins une fois dans sa carrière elle a du organiser un dîner pour un client suivi d’une fête avec beaucoup de monde. Et que maintenant tous ces braves gens sont devenus ses amis facebook et linked-in pour l’éternité. L’attachée de presse a un carnet d’adresses qui finalement est un peu comme une grande famille virtuelle.

L’attachée de presse dit « tu » à tout le monde. Elle t’appelle par ton prénom, n’a pas dit monsieur/madame depuis autant d’années qu’elle fait ce métier. Du coup l’attachée de presse s’emmêle les pinceaux : elle dit Martine à sa banquière pensant créer un lien indéfectible avec celle qui a droit de vie et de mort sur ses futurs escarpins Prada, Robert au dentiste croyant que c’est plus prudent d’ établir une familiarité avec son dentiste qui a des armes de destruction massive dans sa bouche. Du coup quand tu vouvoies l’attachée de presse, elle se braque, se formalise, pense qu’on la vieillit, que c’est ringard cette distance condescendante.

L’attachée de presse aime le relationnel, l’affectif, les gens. Elle appelle ses collègues chouchou, chéri, chaton, pour leur dire plus joliment que la prochaine fois qu’ils lui piquent un rv avec une redac chef majeure, elle va leur faire un kick arrière en pleine présentation client. L’attachée de presse dit, bichette, poulette, minette pour signifier que si jamais tu lui clepto’ encore son Madame Figaro, faudra pas te demander pourquoi ton ordi a attrapé un virus qui a flingué tout ton dossier bilan 2011. L’attachée de presse est diplomate, fair play, souriante, partante, patiente. Elle a simplement un langage à double sens.

L’attachée de presse a deux amis : son I phone et le chargeur de son I phone. L’outil de survie, la raison d’être, le binôme sans lequel, d’attachée de presse il n’y a plus. Elle a appris à écrire avec 2 pouces et dans le noir, des mails qu’elle envoie même à 1h du matin histoire d’en avoir un de moins à consulter le demain matin. Car l’attachée de presse n’est pas la seule à penser la nuit : le matin à 10h elle a autant de mail que le Vogue a de réponses positives à une invitation à sa soirée d’anniversaire en 2 jours. Du coup l’attachée de presse semble entretenir une relation fusionnelle avec son mini ordi de poche. Un amour que les autres ne comprennent pas vraiment. Une frénésie extatique qui donne presque le sentiment qu’elle aime ça recevoir 15 mails/minute, 3 appels par heure même en dehors du service minimum. L’attachée de presse envoie des textos depuis son bain, prend des notes pour sa stratégie de com’ aux toilettes, balance des mails entre l’apéro et l’entrée sans que personne ne comprenne d’où lui vient cette envie soudaine. L’attachée de presse aime son I phone comme d’autres aiment leur chien. Avec ferveur, respect et tendresse.

 

L’attachée de presse a un langage bien à elle. Des abréviations par dizaines sensées faire gagner du temps à qui a le génie du déchiffrage: VTAC (je vous tiens au courant) ou ses variantes TTAC, NTAC, elle envoie des YSI (you send it), fait des mails FYI (pour votre information, en français), convoque la presse B to B… Parfois aussi, elle est au BDR (bout du rouleau) ou résume clairement sa journée difficile par un expéditif VDM (vie de merde). Bref l’attachée de presse a du vocabulaire, un lexique riche en rebondissements, en mystères insondables qui lui permet de coder des messages dont l’objectif est simple : faire péter le score des EAE (équivalents d’achat d’espace). Autrement dit faire gagner(économiser) beaucoup d’argent à son client. Une mission assez claire en somme.

Bref, l’attachée de presse est une femme comme les autres. Parfois d’ailleurs, l’attaché de presse est un homme comme les autres femmes. Mais c’est encore une autre histoire.

 

Toute ressemblance avec des personnages existants ne serait évidemment pas fortuite.

 

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commentaires

Sophie 14/01/2012 23:27

J'adore ! J'ai beaucoup ri.
Et je fais une bise à l'attachée de presse de ma boîte qui me passe le Elle de la semaine précédente!

Laure 15/01/2012 17:30



Ah ça, les AP ont toujours un mag qui traîne pour se détendre !!



DarkGally 13/01/2012 10:22

Si ça peut te rassurer, quand je bossais en agence (remarque c'était un temps béni, au moins je bossais), je disais à mes collègues qu'attachée de presse c'était pas si différent de prostituée sur
bien des points. Bon ça ne faisait pas rire tout le monde, mais ça en faisait rire pas mal. Faut dire, vu le stress et les horaires, mieux vaut avoir un peu d'humour (bon, ok, moi je suis une sale
cynique).

En revanche j'ai honte...je continue à dire "c'est touchy"...

Laure 15/01/2012 17:29



Alors je dis oui au cynisme, qui est un peu mon sport national, oui aux rapprochements hasardeux qui ne le sont pas tant finalement et oui à la persistance des expressions débiles qui font de
nous des êtres humains comme les autres en fait!!


Bon courage pour le boulot alors...



all-and-co 12/01/2012 20:13

Jusque là, je me disais, les RP, jamais de la vie. Tout sauf ça. Et là, ton article, même s'il ne parle pas forcément de choses qu'agréables et fun, bah il amène une dimension autre. Une dimension
intéressante, hyperactive et qui a l'air passionnante.

Bonne continuation ;-)

Laure 13/01/2012 00:24



C'est comme tout, chaque métier peut être passionnant, selon l'envie, l'ardeur, l'humeur qu'on y met. Je suis contente si celui-ci a pu te sembler intéressant car de fait il l'est.


Bien entendu il s'agit là d'une caricature, il nous arrive également parfois de soutenir le développement d'une marque à l'international tant grâce aux fameuses parutions qui font vendre les
produits que par les stratégies de communication ou événements que nous proposons à nos clients. Et cela en somme est une tâche tout à fait passionante et motivante, effectivement!



DarkGally 12/01/2012 17:40

T'as oublié que l'expression préférée de l'AP c'est "ma belle" et qu'elle sort "ASAP" comme on dit bonjour.

Tout ceci explique donc en quoi j'étais une mauvaise attachée de presse (mais une bonne chargée de com corporate)

Laure 13/01/2012 00:20



C'est exact on peut rajouter ces deux là également tu as raison!


Ceci étant comme je suis justement directrice de clientèle spécialisée en "presse écrite" mode et qu'il m'arrive également de dire "ma belle", dois-je en conclure que je suis mauvaise??
N'allons pas jusque là, je vais me laisser une chance quand même!


Je pense que l'essentiel finalement (quel que soit le métier et la facilité qu'il y aurait à stigmatiser chaque métier) reste de faire la part des choses entre la caricature que je suis
la première à encourager comme remède au risque d' une vraie connerie ambiante et la réalité des êtres humains pas aussi superficiels que ce portrait volontairement cynique
pourrait laisser croire. 


Je me permets d'utiliser ton commentaire comme moment pour exprimer cela, car je me rends compte que bizarrement, il y a eu beaucoup plus d'indulgence de mes collègues au sujet de ce
portrait que j'ai brossé de nous et qui les a plutôt fait franchement rire, que je n'en trouve dans les retours des "non rp" qui auraient l'air d'y trouver là une bonne occasion de durcrir encore
plus le trait à l'égard de ce métier... Pourtant je trouvais que j'avais déjà été généreuse sur le tournage en ridicule!


Qu'à cela ne tienne, j'aime trop l'autodérision pour ne pas continuer à tendrement entretenir le mythe de l'attachée de presse écervelée. Et je compte sur toi pour être une excellente chargée de
comm qui ne dira jamais ma belle pour sortir du lot !



Florence 12/01/2012 14:45

C'est marrant de découvrir un peu l'univers de travail des autres à travers ce genre d'articles. "Name dropping" j'ai toujours trouvé cette expression débile, d'ailleurs impossible de retenir ce
que ça signifie... Piqûre de rappel stp? :D
Par contre le FYI est une abbréviation largement utilisée dans le monde du travail en général, on apprend ça en anglais commercial d'ailleurs, c'est un peu l'intrus de ta liste ;)

Laure 13/01/2012 00:02



"Le name dropping consiste à citer des noms connus, notamment des noms de personnes, d'institution ou de marques commerciales." c'était la minute anglicisme!


certes le FYI est commun à tous les métiers, c'est simplement qu'il est monnaie très courante dans le nôtre et faisait donc partie des abréviations incontournables de notre quotidien à citer:)
Que fais-tu comme boulot?



Carole Nipette 12/01/2012 12:58

Il y a autant d'attachés de presse différentes que de milieux dans lesquels ils évoluent ! cet article décrit sûrement bien l'attachée de presse du monde la mode ou de la beauté mais pas les autres
:)

Laure 12/01/2012 14:15



Dis moi dans quel domaine tu exerces et je trouverai bien deux trois travers à décrire! ;) En tous cas je suis certaines que dans tous les disciplines des relations presse, il faut bien un peu
d'autodérision. cela dit tu soulignes quelque chose d'exact, je vais préciser à quel domaine je m'attaque!



Pauline 12/01/2012 12:50

Je ne sais pas si je dois rire de cette caricature ou être blasée...

Laure 12/01/2012 14:16



Je pense qu'il vaut toujours mieux en rire tu ne crois pas?



caroline 12/01/2012 00:11

J'adore XD bizarrement ça me fait envie!

Laure 12/01/2012 14:07



Peut être parce que ce n'est pas si terrible d'être attachée de presse dans la mode!



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